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Maria Montessori, le Père Noël et le petit Jésus

MARIA MONTESSORI, LE PÈRE NOËL ET LE PETIT JÉSUS

Nos enfants, élevés avec la pédagogie Montessori, ne croient pas au Père Noël.

Pour eux, Noël est l’anniversaire de Jésus et pour fêter cet anniversaire pas comme les autres, on s’offre des cadeaux les uns aux autres. Et comme nous sommes lorrains d’origine, nous offrons nos cadeaux personnels aux enfants le jour de la Saint Nicolas. J’entends déjà des parents hurler que je leur vole leur enfance, que je les prive de la magie de Noël. J’entends des catholiques déplorer que je ne poursuive pas la tradition qui veut que ce soit le petit Jésus qui apporte des cadeaux sur Terre en naissant. J’entends des athées se moquer : comment peut-on refuser de laisser croire ses enfants au Père Noël et leur parler de Jésus ? Je vous rassure, tout cela est en réalité un peu plus nuancé.

Cette question déchaîne facilement les passions parce qu’elle touche à des souvenirs très personnels, à des traditions familiales bien ancrées et que tout changement risque d’être vécu comme une trahison à son passé ou à son héritage.

Avant de continuer, si vous préférez écouter le podcast de cet article, par exemple en faisant vos tâches ménagères ou pendant un trajet en voiture, je vous invite à cliquer sur le lecteur ci-dessous :

 

Maria Montessori était très virulente contre le fait de profiter de notre position de parents pour imposer des croyances que nous savons être fausses aux enfants :

« Nous croyons pourtant développer beaucoup l’imagination de l’enfant en lui donnant à croire comme vraies des choses fantastiques ; ainsi, par exemple, Noël est personnifié dans certains pays latins par une vilaine femme, la Befana […]. Dans les pays anglo-saxons, au contraire, Noël est un vieillard caduc, couvert de neige, qui porte dans un panier énorme les jouets aux enfants, en rentrant réellement la nuit dans leur maison. Mais comment ce qui est le fruit de notre imagination pourrait-il développer l’imagination des enfants ? Nous seuls imaginons et non eux : ils croient, ils n’imaginent pas. La crédulité est, en effet, une caractéristique des esprits non évolués auxquels manquent l’expérience et la connaissance des choses réelles, et auxquels l’intelligence qui distingue le vrai du faux, le beau du laid, le possible de l’impossible fait encore défaut. » (Pédagogie scientifique, tome 2)

Maria Montessori, le Père Noël et le petit Jésus

Mais par ailleurs, elle était profondément catholique et n’aurait jamais mis sur le même plan le Père Noël et Jésus. Le cœur de son message est le suivant : nos enfants nous font confiance, soyons-en dignes et ne les faisons pas croire à des choses auxquelles nous-mêmes ne croyons pas.

« Est-ce la crédulité que nous voulons développer chez nos enfants, uniquement pour cette raison que dans la période où ils sont naturellement ignorants et non évolués ils se montrent crédules ? »

D’autant plus qu’il y a un côté inquiétant à ces choses que nous faisons croire à nos enfants… N’y a-t-il rien qui vous dérange dans l’idée d’un homme qui rentre chez vous la nuit, même si c’est pour y déposer des cadeaux ? Pire encore avec cette nouvelle tradition venue d’Outre-Atlantique, « elf on the shelf », autrement dit le lutin sur l’étagère : l’idée est de placer chaque soir une figurine de lutin quelque part chez soi, et de le disposer comme s’il avait fait une bêtise ou quelque chose de malicieux. Le matin, les enfants le cherchent et découvrent le nouveau tour qu’il a joué.

Elf on the shelf, un substitut du Père Noël que Maria Montessori n'aurait sûrement pas apprécié !

C’est la continuité de tous les contes anciens sur les lutins, les elfes et les gnomes, des êtres ambigus qui peuvent aussi bien aider les humains que leur nuire. Mais cette idée de faire croire à des enfants que leur maison est habitée par un ou des êtres potentiellement maléfiques me semble tout simplement hallucinante ! Certains enfants se retrouvent traumatisés à l’idée que des petits lutins se promènent chez eux la nuit pour faire toutes sortes de méchancetés.

Autant vous dire que nous n’aurons jamais de lutins chez nous ! Je sais bien que beaucoup de familles pratiquent une version beaucoup plus mignonne, où le lutin se contente de se cacher à un nouvel endroit, mais il me semble que même dans ce cas, il faut faire extrêmement attention aux jeunes enfants les plus crédules, chez qui cela peut créer de l’anxiété.

Je vais donc peut-être vous surprendre, d’autant plus alors que je suis montessorienne depuis toujours, mais nos deux aînés, François et Elisabeth, ont cru un certain temps au Père Noël. Nous n’avons rien fait pour à la maison, jamais nous ne leur avons dit que le Père Noël allait leur apporter des cadeaux, mais les nounous ou haltes-garderies ont pour habitude de faire envoyer des lettres au Père Noël, de faire réaliser des bricolages sur ce thème voire même de le faire venir en personne (enfin, vous me comprenez) voir les enfants.

la magie de noël selon la pédagogie Montessori

J’écris que nos deux aînés ont cru un certain temps au Père Noël mais pour être honnête, je n’en sais rien. Ils me disaient « Le Père Noël va m’apporter des cadeaux ! » et je répondais « Ah oui ? » sans insister, mais lorsqu’un jour un monsieur déguisé en Père Noël est venu à la crèche à la fin d’un petit goûter-spectacle, j’ai été surprise de voir Elisabeth reculer derrière moi et François prendre un air perplexe. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’au fond d’eux, ils savaient très bien que le Père Noël n’existait pas, ne pouvait pas exister, et que le fait de le voir devant eux les perturbait.

Cela m’a rappelé des souvenirs d’enfance. Je me revois très bien, vers 6-7 ans, chercher partout dans notre appartement les cadeaux que mes parents avaient achetés et cachés. Je savais donc bien que les cadeaux venaient d’eux, j’avais même compris (comment ? je ne m’en souviens plus) qu’ils devaient s’y prendre à l’avance et les cacher quelque part. Pourtant je me rappelle parfaitement jouer le jeu du Père Noël. J’écrivais ma petite lettre, je parlais du Père Noël, officiellement c’était lui le grand pourvoyeur de cadeaux. Au fond, je jouais le jeu.

C’était comme un code social appris de tous. Et je serais très curieuse de savoir combien d’enfants « prétendent » seulement croire au Père Noël et se contentent en réalité de jouer le jeu qu’on veut leur voir jouer. Surtout à partir de 6 ans, de l’âge des grandes questions existentielles et du début du raisonnement.

Faut-il faire croire au père noël selon la pédagogie Montessori ?

Mais en tout cas François et Elisabeth laissaient à penser qu’ils croyaient au Père Noël. Et cela me mettait mal à l’aise. Deux choses me dérangeaient : en tant que catholique, le Père Noël dénotait dans notre fête religieuse de la naissance et de l’incarnation de Dieu ; par ailleurs, j’avais le sentiment d’abuser de leur confiance. Je ne leur avais pas fait croire au Père Noël, mais j’avais l’impression de leur mentir par omission. Comment allaient-ils ensuite pouvoir me faire confiance sur les choses importantes ?

Pour résoudre le premier point, j’ai été tentée de recourir un moment à une explication qui avait cours dans la famille de mon mari : ce ne serait pas le Père Noël mais le petit Jésus qui apporte des cadeaux en venant au monde. C’est mignon, c’est attendrissant, mais c’est faux. C’était plus respectueux de mes convictions : après tout oui, dans la foi chrétienne, Jésus apporte des cadeaux sur Terre en naissant, mais il s’agit de paix, de joie, de foi et pas de petits paquets bien enrubannés sous le sapin !

Autre tradition que j’aime beaucoup, par attachement régional : ce serait Saint Nicolas qui apporte les cadeaux sur son âne. Pour ceux qui ne la connaissent pas, la légende de Saint Nicolas est brutale mais au fond réconfortante : trois petits enfants vont glaner dans les champs mais se perdent tandis que la nuit tombe. Ils vont se réfugier chez un boucher qui, pour une raison qui m’échappe, décide de les tuer, de les couper en petits morceaux et de les mettre dans son saloir. Quelques années plus tard (3 ou 7, parce que ce sont des chiffres forts symboliquement), Saint Nicolas frappe à la porte du boucher et lui demande à entrer puis à souper. Le boucher lui propose toutes sortes de viandes mais lui réclame la viande qui est dans le saloir depuis 3 ou 7 ans. Le boucher paniqué fuit en courant et Saint Nicolas, en faisant un grand signe de croix au-dessus du saloir, ressuscite les enfants.

Saint Nicolas et la pédagogie Montessori

Saint Nicolas est ainsi devenu le saint patron des petits enfants et des écoliers (entre autres). Dans l’Est, il passe souvent dans les écoles distribuer du pain d’épice et des clémentines et on échange souvent les cadeaux le 6 décembre, jour de sa fête. La tradition veut que l’on dépose ses chaussons devant la cheminée (ou la fenêtre), ainsi qu’un petit verre ou un bol de soupe pour Saint Nicolas et une carotte pour son âne. Si les enfants ont été sages, il dépose des cadeaux et des clémentines mais s’ils ont fait des bêtises, c’est le Père Fouettard qui passe et qui ne leur laisse que des morceaux de charbon.

Là encore, on peut discuter de l’existence même de Saint Nicolas, même si pour le coup elle semble bien avérée (il était évêque de Myre), mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne fait pas le tour des foyers la nuit du 5 décembre pour distribuer des jouets !

Donc cela ne résolvait pas mon problème. 

La seule solution qui me restait était de parler aux enfants et de leur dire la vérité : le Père Noël n’existe pas, mais c’est une fête qui nous rend tellement heureux que pour le montrer, on s’échange des cadeaux. J’avais peur de les décevoir, de briser « l’esprit de Noël », d’enlever toute la magie de la fête.

l'esprit de noël et la pédagogie Montessori

Eh bien non. J’ai même eu droit à un « Je m’en doutais bien. Comme il aurait fait pour savoir ce qu’on voulait et donner des cadeaux à tout le monde ? ». Ah ben oui, évidemment. Je me suis senti bête. J’avais (mais ce n’était pas la première fois, ni la dernière) sous-estimé mes enfants.

Je ne crois pas que cela ait rien retiré à leur joie. Ils s’amusent toujours de voir un Père Noël dans la rue, en sachant très bien que ce n’est qu’un déguisement, et je pense même que cela les rassure d’avoir mis sur la table le fait que c’est une tradition et que c’est pour cela que tout le monde fait semblant d’y croire. Sauf que maintenant, ils ont également pris conscience qu’ils pouvaient eux aussi offrir des cadeaux, par exemple en tissant un bracelet de perles ou en fabriquant une décoration de sapin en argile pour leurs cousins du même âge qui ne croient pas non plus au Père Noël.

Et comme nous leur avons expliqué que nous regrettions de les avoir laissé croire à quelque chose de faux, sans pour autant nous moquer d’eux pour leur crédulité et sans les prendre de haut, ils n’éprouvent pas l’envie de détromper les enfants qui, autour d’eux, parlent du Père Noël. Pour eux, c’est naturel, il n’existe pas mais ils n’ont pas de vengeance à prendre et ne vont pas chercher à se moquer d’eux.

le père noël : imaginaire et imagination dans la pédagogie Montessori

Nous mettons toujours nos chaussons devant la cheminée le 5 décembre, nous n’oublions jamais la carotte et le petit verre de mirabelle, mais nous le faisons comme une tradition, un petit rituel pour nous rappeler notre attachement à une région qui nous est chère. Et le matin nous nous émerveillons tous ensemble des cadeaux reçus, mais les enfants viennent nous dire merci et savent bien qui les a déposés pendant la nuit. Ce n’est pas parce que nous croyons en un personnage magique que nous accomplissons ce petit rituel, c’est parce que nous accomplissons ce rituel ensemble, en famille, que l’instant devient magique.

Mais vous voyez peut-être une contradiction entre le fait de refuser l’imaginaire et celui d’enseigner la vie de Jésus ou des saints et de raconter les récits de la Bible. Je reviendrai sur les récits les plus anciens et pour beaucoup symboliques de la Bible dans un autre billet. Pour les saints, souvent une légende dorée s’est formée autour d’événements réels, pour prendre une portée symbolique (comme Saint Georges et son fameux dragon, symbole du combat et de la victoire du bien sur le mal, image de la chevalerie). Mais pour le reste, leur vie est généralement parfaitement attestée et je n’ai pas de raison de la mettre en doute. De même pour Jésus, en tant que chrétienne, je crois tout ce qui est dit dans l’Evangile, littéralement. Pour moi, le transmettre aux enfants signifie leur donner les moyens de grandir dans la foi et dans la sainteté, de devenir des hommes et des femmes bons, attentionnés envers les autres et pleins d’amour.

Je n’abuse donc pas plus de leur crédulité que de la mienne. Je ne leur transmets que ce dont je suis moi-même intimement convaincue, jusqu’au fond de mon être. Et ne vous en faites pas, maintenant que les enfants savent ce qu’il en est du Père Noël, ils ne laissent rien passer. Je suis bien obligée de m’assurer que les fondements de ma propre foi sont solides ! « Et pourquoi Jésus il existe ? ». Je me retrouve à faire de l’apologétique : personne n’a jamais accepté de mourir pour ne pas renier le Père Noël ! Tandis que l’exemple des martyrs nous montre que la foi en Jésus est bien plus forte.

Pourquoi mourir pour quelque chose dont on sait que c’est faux ? Or les apôtres eux-mêmes, qui connaissaient Jésus, sont morts en martyrs, laissant des lettres, des écrits. Etc. etc. C’est tout un travail d’esprit critique qui est à faire, mais il faut de toute façon le faire pour distinguer l’histoire des légendes, donc autant s’y attaquer aussi pour quelque chose d’aussi important que la religion. Je dois être prête à défendre ma foi et je leur apprends par là-même à défendre la leur. Je pense que c’est vital si on veut éviter qu’à l’adolescence, nos enfants perdent la foi. Tout repose sur les fondations bâties ou non pendant l’enfance.

Il y aurait encore bien des choses à dire sur l’imaginaire et l’imagination, mais cela suffit pour aujourd’hui ! D’autant que j’ai peut-être bien laissé échapper une chose à ma vigilance… Dernière question en date de mon fils : « Comment notre chat sait-il qu’il ne faut pas manger la Petite Souris quand elle vient apporter un cadeau ? » Oups !

Pour continuer sur le sujet de Noël et vous lancer ou poursuivre dans la pédagogie Montessori, rejoignez nous sur le Terrier des Montessouricettes, vous y trouverez des tonnes de ressources issues de la pédagogie Montessori sur ce thème. 

 

 

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Maria Montessori : une vie en images

MARIA MONTESSORI : UNE VIE EN IMAGES

A l’occasion de l’anniversaire de sa mort (le 6 mai 1952), j’ai voulu rendre un petit hommage à Maria Montessori, une femme admirable, à la personnalité complexe, à la fois médecin, pédagogue, catholique, innovatrice et féministe de la première heure. Vous découvrirez même à la fin du diaporama une courte vidéo d’un entretien avec elle. Si vous parlez italien, je serais ravie que vous me la traduisiez, j’en rajouterais la traduction ici même.

Et si vous voulez en savoir plus sur sa vie, ses difficultés à l’école, ses relations avec son fils, sa pédagogie etc., rejoignez gratuitement le Terrier des Montessouricettes où vous trouverez une vidéo détaillée sur sa biographie ainsi que bien d’autres ressources !

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Maria Montessori petite fille
Une jeune fille déterminée
Des études difficiles
L'une des premières femmes médecins d'Italie
Le centre d'orthophrénie
La première Maison des enfants
Des activités sensorielles
L'importance de la nature
Une grande passionnée d'éducation
Une véritable pédagogie
De nombreux voyages
Le voyage aux Etats-Unis
L'auteur de nombreux livres
Une catholique très croyante
Une conférencière féministe
Le premier congrès Montessori international
Le voyage en Inde
Toujours des formations
Rencontre avec Gandhi
Les 0-3 ans
Les 6-12 ans
Retour en Europe
Sa mort
A sa suite
Postérité
Aujourd'hui en Italie et dans le monde
Maria Montessori - Colloque 1947
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Pour visionner la vidéo sur la biographie de Maria Montessori c’est ici (pour y accéder, n’oubliez pas de vous inscrire au Terrier des Montessouricettes, c’est gratuit !) :

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Partageons l’esprit de Noël avec des livres Montessori (ou non)

Partageons l’esprit de Noël avec des livres Montessori (ou non)

Difficile de trouver des livres adaptés à la saison qui soient compatibles avec l’enseignement de Maria Montessori Pour elle, hors de question de faire lire à l’enfant des histoires d’animaux qui parlent ou vivent comme des humains, des histoires de lutins, de Père Noël et de traineaux magiques. Si on ajoute à cela le souci de choisir des livres au dessin réaliste et qui cultivent le sens du beau, c’est pratiquement mission impossible ! Heureusement pour vous, j’ai fait une partie du travail et voici une petite liste de livres parfaitement, rigoureusement, scrupuleusement montessoriens (vous verrez plus loin dans ce billet que ce ne sont pas les seuls livres qui ont droit de cité de chez nous).

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Bien entendu, les âges ne sont qu’indicatifs et vous connaissez mieux votre enfant que moi ! Mais au moins cela vous donne une idée du niveau de difficulté de chaque ouvrage. Par ailleurs, je vous conseille bien évidemment de vous tourner en priorité vers votre bibliothèque ou votre librairie locale, mais je sais ce que c’est que d’être un parent débordé, c’est pourquoi tous les liens sont vers Amazon, où vous pourrez lire d’autres avis sur ces livres avant de vous décider. Ces liens sont des liens affiliés, ce qui signifie que si vous commandez sur Amazon, vous soutiendrez par votre achat les Montessouricettes, sans que cela ne vous coûte plus cher.

L'imagerie de Noël livre de Noël pour les 2-5 ans  L’imagerie de Noël, 2 à 5 ans. Un joli livre d’images autour de Noël, pour expliquer les traditions qui entourent cette fête, son origine religieuse et tout le folklore qui l’environne, du sapin au Père Noël, en passant par Saint Nicolas et de petits bricolages de Noël.

 

 

Noël, collection Mes P’tits Docs, 3 à 5 ans. Une explication du folklore autour de Noël, non seulement en France, mais dans d’autres parties du monde. Menus, fêtes, traditions… Des dessins sobres, sans grande qualité esthétique, mais un bon « documentaire ».

 

 

Liv et Emy fêtent Noël, 3 à 6 ans. Un livre simple aux phrases courtes pour les lecteurs débutants. En plus, chose rare, ce livre est écrit en cursive ! Hourra ! Il s’agit en fait de toute une collection de petits livres Montessori pour enfants qui mettent en scène les deux filles de l’auteur, Liv et Emy. Cette histoire-ci explique que Liv et Emy ne croient pas au Père Noël, ce qui ne les empêche pas d’avoir leurs petits rituels et de jouer le jeu du Père Noël pour les autres enfants qui sont encore convaincus de son existence.

 

 

Agathe ne croit pas au Père Noël, 3 à 6 ans. Bien que je n’aime pas le titre, que je trouve un peu revendicatif, voici une histoire finalement très sympathique sur une petite fille qui se réjouit des préparatifs de la fête sans pour autant y voir la moindre magie. Un livre simple, réjouissant, pour le coup parfaitement Montessori ! L’auteur, Catherine Dumonteil-Kremer, éducatrice Montessori, est surtout connue pour son livre « Elever son enfant… autrement » et son travail sur la parentalité consciente et créative.

 

 

 

Tous les Noëls du monde, l’atlas des 5-8 ans. Un petit tour du monde de la façon dont on fête Noël. Chaque page commence par « Si tu fêtais Noël en Autriche /en Australie / au Bangladesh… ». Chaque double page est d’un illustrateur différent, mais les dessins sont globalement de bonne qualité.

 

 

 

Noëls du monde, Père Castor, 5 à 8 ans. Un livre un peu semblable au précédent, mais qui rentre peut-être plus dans les détails, avec des anecdotes amusantes, des menus de fête et des chants locaux.

 

 

 

Le cadeau des rois mages-idée livre Noël

Le cadeau des rois mages, 7-11 ans. Ce très bel album demande un peu plus de maturité, avec son texte plus complexe (il s’agit en fait d’une nouvelle d’O. Henry). Della cherche désespérément comment offrir un cadeau à son mari alors qu’ils n’ont pas d’argent. Elle a pourtant économisé et économisé tout ce qu’elle pouvait, mais c’est bien trop peu. Elle prend alors la décision de sacrifier sa magnifique chevelure et de vendre ses cheveux à une coiffeuse afin d’offrir à son mari une chaîne pour la superbe montre qui fait sa fierté. Mais le soir de Noël, lorsqu’il ouvre son paquet, c’est une expression un peu perplexe qui pointe sur son visage : il a lui-même vendu sa montre pour offrir à son épouse un ravissant peigne pour ses cheveux… Cette histoire empreinte d’une douce mélancolie est une véritable œuvre littéraire qui saura émouvoir les enfants un peu plus âgés.

Mais rien de tel que de se plonger dans le concret pour bien profiter du moment ! Voici quelques livres qui mettront à l’œuvre la créativité et la motricité fine des enfants :

 

Noël, livre pochoir, éditions Usborne, 3 à 6 ans. Un livre pour aider les plus petits à dessiner sur le thème de Noël. Il comprend 4 pochoirs permettant de tracer 18 motifs comme un sapin, le traineau du Père Noël etc.

 

 

J’apprends à dessiner Noël, 3 à 5 ans. J’aime beaucoup cette collection qui part du principe que non, un enfant ne sait pas forcément dessiner de façon innée toutes sortes de choses et qu’il est bon de lui donner un modèle. Chaque dessin est présenté étape par étape, à partir de formes simples, de sorte qu’il devient incroyablement facile de tracer un Père Noël, un Saint Nicolas, un sapin etc. ! Bien évidemment, et comme pour les autres livres de cette catégorie, à vous d’expliquer ou non le côté folklorique du Père Noël, vous n’éviterez pas les questions douloureuses, mais si cela ne vous pose pas de problème, vous pourrez passer par exemple un agréable moment à préparer des cartes de vœux en famille.

 

 

 

La magie de Noël à colorier, 5 à 8 ans. Un beau livre de coloriage d’inspiration plutôt anglo-saxonne (cupcakes et chorales de Noël) qui décrit ce qui change dans la ville ou dans les maisons au moment de Noël, les différentes traditions et le folklore. Une bonne introduction aux rituels qui entourent Noël, si l’on veut expliquer à terme d’où vient le thème du Père Noël.

 

 

Mais ces livres ne sont qu’une partie de nos favoris pour la période de Noël. En faisant particulièrement attention à distinguer ce qui est imaginaire de ce qui est réaliste, je n’hésite pas à présenter d’autres livres s’ils sont beaux, bien écrits et qu’ils apportent quelque chose d’utile à la construction de l’enfant. Voici donc d’autres propositions qui auraient peut-être fait hurler Maria Montessori mais qui, à mon humble avis, ne devraient poser aucun problème si vous avez commencé à établir la distinction imaginaire/réalité avec vos enfants (il suffit d’une petite remarque sur le ton de la plaisanterie de temps en temps : « Oh, mais est-ce que les taupes ont des petits tables dans leur terrier où elles mangent avec les souris ? » « Non, bien sûr que non ! » « Et est-ce que les sapins peuvent parler ? » « Oh non ! »).

Le sapin de Monsieur Jacobi, 3 à 6 ans. Monsieur Jacobi installe un sapin gigantesque dans son salon mais il faut couper la pointe qui touche le plafond. La pointe est offerte à la gouvernante, qui en coupe la pointe, mise au rebus devant la maison, où la trouve le jardinier qui l’emporte chez lui pour servir de sapin entier. Là encore, il faut couper la pointe, qui servira de sapin à un ours, qui devra encore couper la pointe etc. jusqu’à ce qu’au final un seul arbre ait fini par fournir un sapin à tout le monde, du plus grand au plus petit. Une histoire pleine de charme dont le côté ritournelle remporte toujours un grand succès auprès des enfants.

 

Le Noël de Balthazar, 3 à 6 ans. Vous serez peut-être surpris de ne pas voir ce livre parmi les livres montessoriens. Le souci est que cette collection tourne autour de Balthazar, un petit garçon, et de Pépin, son doudou qui marche, agit et parle… Pas vraiment réaliste donc. Pour le reste, il s’agit d’histoires pleines de poésie dont les dessins en aquarelle sont très réussis.

Ici, Pépin et Balthazar s’affairent tous deux à préparer les cadeaux de Noël. Mais ils doivent aussi s’offrir chacun un cadeau et se séparent pour se laisser la surprise. Balthazar se rend chez M. Merlin et échange son jouet le plus précieux, sa collection de billes, contre un conducteur en bois pour le train de Pépin. Pépin, de son côté, échange au même endroit son précieux train en bois contre une boîte pour la collection de billes de Balthazar. Vous voyez venir le problème ? Heureusement, à la fin, M. Merlin arrive et leur offre en cadeau les billes et le train. Cette histoire est en fait très proche de celle du Cadeau des rois mages (cf. ci-dessus), mais plus adaptée aux petits.

Calendrier de l’Avent – Balthazar prépare Noël, 2 à 8 ans. Dans ce calendrier de l’Avent qui trône sur notre cheminée, ni jouets ni chocolats, mais de jolies petites histoires qui accompagnent les préparatifs traditionnels autour de Noël : le sapin, la crèche, les cadeaux… Chaque soir, c’est un beau petit moment partagé dans l’anticipation de cette belle fête. Les plus petits peuvent se contenter de sortir les petites histoires de leur emplacement tandis que les plus grands pourront les lire eux-mêmes. Et ensuite, il s’agit de passer à l’action et de décorer la maison ! Nos enfants l’apprécie depuis des années maintenant !

Michka, 3 à 6 ans. Le célèbre petit conte de la collection du Père Castor. Ce livre n’est absolument pas Montessori, puisqu’il s’agit de l’histoire d’un petit ours en peluche qui décide de partir seul dans la forêt car sa maîtresse, Elisabeth, ne s’intéresse pas assez à lui. Il aide le Renne de Noël à distribuer des cadeaux mais à la fin de la tournée, il reste une pauvre cabane misérable et la hotte est vide… Michka va alors choisir de se donner lui-même en cadeau au petit garçon de la maisonnée. Malgré son aspect merveilleux, ce conte est une remarquable leçon pour les enfants qui ont parfois l’impression qu’ils ne peuvent rien offrir à Noël. Cela peut être l’occasion d’une discussion sur les cadeaux immatériels qu’ils pourraient offrir à leurs proches : chanter une chanson à leur grand-mère, aller faire une promenade avec leur grand-père, lire une histoire à un petit cousin plus petit qu’eux, bref donner de leur temps et de leurs compétences.

Enfin, voici une sélection de livres à caractère religieux. Ils se lisent comme des contes, ce ne sont pas des histoires bibliques, mais ils rejoignent d’une manière ou d’une autre le récit de la Nativité. J’y ai également inclus quelques livres sur la légende de Saint Nicolas qui, s’il n’est pas réellement associé à Noël, fournit une alternative sympathique au Père Noël.

Michaëlo, le plus petit des anges de Dieu, 3 à 6 ans. Les illustrations de Joëlle d’Abbadie sont tout simplement sublimes,avec de très belles couleurs. Michaëlo est un peu triste car, contrairement à tous les autres anges, il ne sait pas chanter. Il suit donc tous les événements qui mènent à la naissance de Jésus, et il s’en réjouit profondément mais sans pouvoir l’exprimer par des hymnes, jusqu’à ce qu’il se trouve, tout seul, devant la crèche et l’enfant Jésus qui vient de naître. C’est alors que lui vient un chant de louange : Gloria in excelsis Deo ! Seul le plus petit de tous les anges pouvait accueillir comme il se doit un Dieu qui se fait petit enfant : c’est un excellent rappel à l’humilité qui pourra peut-être inciter les plus petits à chercher ce qu’ils peuvent offrir, malgré leur petitesse, à Jésus et aux autres.`

Trois arbres pour un prince, 5 à 7 ans. Ce livre des éditions du Triomphe (comme Michaëlo) s’inspire d’un conte traditionnel russe. Trois bûcherons discutent : chacun a repéré un très bel arbre et rêve d’en faire, le premier un coffre pour un trésor très précieux, le deuxième un bateau pour un roi et le troisième de le laisser pousser pour que chacun vienne se reposer à son ombre. Mais chacun des bûcherons a un fils et ceux-ci ont d’autres projets. Les pères se résignent et le premier arbre sert à construire une étable et une mangeoire, le deuxième une barque de pêche et le troisième est débité en poutre pour que le troisième fils puisse devenir soldat romain. Là aussi, les dessins sont superbes et le récit récapitule toute l’histoire du salut : le premier arbre devient l’écrin du Fils de Dieu, le deuxième la barque sur laquelle Jésus apaise la tempête et le troisième devient l’arbre de la Croix, à l’ombre de laquelle tant de gens viennent chercher le salut. Voilà une très belle leçon d’humilité en tant que croyants et que parents : Dieu et nos enfants ont parfois d’autres plans que nous, nous devons apprendre à faire confiance et parfois, nous réaliserons qu’ils savaient mieux que nous…

 

La nuit de Noël, sons et images (Usborne), 3 à 6 ans. Un livre sonore qui permet d’écouter les airs de Noël les plus connus tout en découvrant le récit de la Nativité. Des illustrations très douces pour un grand classique du livre de Noël.

 

 

 

La véritable histoire de Saint Nicolas, 5 à 7 ans. L’histoire originelle du saint patron des écoliers et des Lorrains, avec un vocabulaire riche et des dessins très travaillés. Un classique !

 

 

L’histoire de Saint Nicolas, 5 à 7 ans. Une version modernisée et actualisée de la célèbre chanson « Il était trois petits enfants qui s’en allèrent glaner aux champs »… Ici les enfants partent à la chasse aux papillons et le boucher a un frigo, mais le cœur de l’histoire reste le même. Les dessins sont magnifiques!

 

Enfin, un petit bonus hors catégorie : Les fabulettes d’Anne Sylvestre, volume 9, Joyeux Noël, pour tous les âges ! J’aime tout particulièrement cette chanteuse dont les comptines pleines de poésie ont bercé mon enfance. Les enfants aiment beaucoup reprendre ces chansons dont les paroles ne les prennent pas pour des idiots. Cela changera un peu des grands classiques de Noël (non pas que j’aie quoi que ce soit contre les classiques !) pour prolonger ce temps de joie et de douceur.

 

Voilà, avec tout cela, vous n’avez plus d’excuses pour abréger le temps de Noël et penser déjà à Pâques dès le 26 décembre ! Sachons profiter de quelques moments de douceur tandis que le froid s’installe et maintenons encore quelques semaines en janvier cette ambiance si joyeuse et chaleureuse

Et vous, qu’allez-vous lire à vos enfants cette semaine ?

 

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Apprentissages informels et pédagogie Montessori

Apprentissages informels et pédagogie Montessori

Photographie du château de Versailles prise par mon fils : l'un de nos nombreux apprentissages informels de la journée

Avez-vous déjà entendu parler d’apprentissages informels ? Je vais être franche, cela recouvre beaucoup de choses… Mais je vais essayer de vous montrer à quoi cela peut ressembler à travers l’exemple de l’une de nos sorties pédagogiques.

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Il y a quelques années, les enfants et moi, accompagnés de l’un de mes neveux, lycéen, sommes allés au Château de Versailles. Plus précisément, dans les jardins du château. Cela tombe bien, car je rencontre souvent des mamans inquiètes qui se demandent comment on peut apprendre en-dehors d’un cadre « scolaire ». Dans l’instruction en famille, il y a toutes sortes de courants, de « l’école de grand-papa » à l’unschooling, ou instruction informelle. Même dans cette dernière catégorie, il y a des nuances : certaines familles laissent les enfants apprendre réellement seuls, en autonomie, et ne font que répondre à leurs questions et sollicitations, sans chercher à susciter la curiosité. D’autres créent les occasions d’apprentissage et c’est plutôt ce que je me suis efforcée de faire durant cette visite à Versailles.

Nous avons donc passé une bonne partie de la journée dans ces magnifiques jardins dessinés par Le Nôtre. A l’arrivée au château, François, qui avait tout juste 7 ans, a remarqué les deux façades « qui ressemblent à un temple romain » : j’en ai donc profité pour lui parler un peu du classicisme et de la façon dont, à cette époque, on s’est mis à imiter les œuvres d’art de l’Antiquité.

Dans les jardins eux-mêmes, les enfants se sont mis à courir de statue en statue pour lire les inscriptions. Excellent exercice informel de lecture puisque pour la plupart ce n’étaient pas des noms qu’ils connaissaient. François n’avait pas de souci, mais pour Elisabeth, 5 ans, qui commençait tout juste l’étude des différentes façons d’écrire un même son (e/eu/œu), c’était un véritable travail.

Au passage, lorsque je connaissais l’histoire du personnage représenté, je la racontais aux enfants (Cléopâtre, des dieux romains…) et nous recherchions la symbolique qui permet de les reconnaître. Au passage nous avons dû aborder la notion d’allégorie quand sur une fontaine, ma fille a lu « Les trois chasseurs » : « Mais c’est qui ? Comment ils s’appellent ? » Ce n’était qu’une représentation de la chasse… Bon, je ne suis pas sûre qu’ils aient bien compris le principe, mais ça viendra un jour.

Devant une fontaine, François s’est exclamé que l’oiseau représenté dessus ressemblait à un cygne ou une cigogne, il ne savait pas trop. Je lui ai donc confirmé que c’était bien un cygne, je lui ai montré quelques éléments qui permettaient de le reconnaître, avant de lui rappeler ce qu’est une cigogne, qu’elle appartient à la famille des échassiers, comme le héron, qu’ils ont de grandes pattes très fines, et qu’elle est blanche et noire.

Les magnifiques jardins de Versailles, prétextes à de nombreux apprentissages informels

En passant devant le château, nous avons un peu parlé des rois et reines qui y ont vécu (ils connaissaient déjà Louis XIV). Puis nous nous sommes dirigés un peu plus bas vers le grand canal, où nous nous sommes arrêtés pour goûter.

Là, nous avons surtout observé la nature : les différents oiseaux qui nous entouraient (corbeaux, canards, cygnes…), les feuilles, les bourgeons… Eh oui, même en goûtant, on peut apprendre, c’est tout le principe des apprentissages informels ! Petite partie de ballon pour se défouler, petit goûter pour récupérer et nous sommes repartis vers le château.

Nous avons repris notre exploration des statues jusqu’à ce que tout le monde soit bien fatigué ! Cela tombait bien, c’était l’heure à laquelle mon mari devait nous rejoindre. Il ne restait plus qu’à attendre le départ du car que devait prendre mon neveu. Pour patienter, et comme les enfants étaient épuisés par leur longue marche, nous sommes allés dans un café pour prendre un verre. Sur l’un des verres que le serveur a apporté, il y avait la Corse : l’occasion parfaite de demander aux enfants s’ils reconnaissaient cette forme, qu’ils ont déjà souvent manipulée sur des puzzles de France.

Puis vint le moment de l’addition : j’ai expliqué à mon aîné qu’il était toujours bon de vérifier une addition et je lui ai demandé s’il voulait bien refaire le calcul pour que l’on soit surs du résultat. Il s’est donc lancé dans son addition de 6 nombres à 3 chiffres (je lui ai rapidement expliqué le principe de la virgule en lui disant que ce qui venait après, c’étaient des centimes, et qu’il pouvait donc faire comme s’il n’y avait pas de virgule). Je vous rassure : le calcul de la machine était bon !

Mon neveu a finalement pris son car et cela a sonné la fin de notre magnifique journée à Versailles. Au final, les enfants ont travaillé :

  • L’histoire de l’art (notion de classicisme)
  • La lecture (les noms des statues, souvent très difficiles à lire)
  • L’histoire et la mythologie (toujours grâce aux statues, ainsi qu’à la présence du château de manière générale)
  • La botanique et la zoologie (en observant une nature assez différente de celle de la campagne sauvage, ainsi que les statues qui représentaient des animaux)
  • La géographie (la Corse et son statut par rapport à la France)
  • Le calcul (vérification de l’addition au café)

 

Avantages et inconvénients des apprentissages informels

 

Ces apprentissages informels paraissent très ambitieux sans doute, mais il faut savoir que les jeunes enfants sont de véritables éponges (c’est d’ailleurs ce que Maria Montessori appelle l’esprit absorbant) et lorsqu’ils sont passionnés par quelque chose, rien ne les arrête. C’est tout l’avantage de passer par les apprentissages informels : on rebondit sur les centres d’intérêt des enfants et tout se fait avec plaisir !

Bien évidemment, tout cela a été rendu possible grâce à un gros effort de ma part. Il se trouve que j’ai fait des études assez poussées, j’ai la chance de posséder une culture assez large et l’expérience fait que j’ai maintenant l’habitude de susciter des occasions d’apprentissage informel dans à peu près n’importe quelle circonstance. Et pourtant, je vous avoue que tout cela m’a épuisée ! J’aime que nous apprenions parfois différemment, j’aime aussi d’ailleurs les sorties où je ne rajoute rien, où je laisse simplement les enfants vivre leur expérience, mais je ne ferais pas cela au quotidien.

Lorsque je parle d’école à la maison, on me demande souvent si je suis enseignante de formation. J’ai bien enseigné dans le supérieur, mais rien qui soit vraiment adapté à des enfants de 0 à 7 ans ! Je trouve cependant que c’est là toute la beauté de la pédagogie de Maria MontessoriQue l’on ait fait de grandes études ou que l’on n’ait même pas son brevet, on peut apprendre énormément à son enfant, par l’intermédiaire du matériel pédagogique qu’elle a créé scientifiquement.

Le cube du trinôme Montessori : apprentissage formel ou informel ?

La manipulation du cube du trinôme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un simple exemple : vous n’avez peut-être jamais bien compris la formule du binôme (a + b)= a3+ 3a2b + 3ab2+ b3 mais votre enfant peut très bien, dès 3 ans, manipuler le cube du binôme et s’imprégner de ce résultat. Chaque pièce (cube ou pavé), correspond à l’un des éléments de cette égalité remarquable. Et cela devient encore plus impressionnant avec le cube du trinôme, qui résume de façon géométrique l’égalité (a + b + c)3= a3+ b3+ c3+ 3a2b + 3ab2+ 3a2c + 3ac2+ 3b2c + 3bc+ 6abc.

Vous ne me croirez probablement pas, mais je vous assure qu’à force de manipuler très jeune (vers 3 ans, 3 ans et demi) ce puzzle en 3D, ce genre de développement mathématique devient naturel à l’enfant plus âgé… Et là encore, peu importe que vous n’ayez jamais rien compris aux maths, si vous êtes simplement capable de montrer à l’enfant comment défaire ce cube, en classant les pièces identiques ensemble, et comment ensuite le remonter dans l’ordre, vous aurez posé les bases de l’algèbre dans son cerveau.

En formation, j’ai rencontré une maman qui n’avait jamais eu le bac et dont le fils, éduqué à la maison avec la pédagogie Montessori, a fait de brillantes études mathématiques. Alors qu’il faisait sa thèse, il a tenté de lui expliquer son sujet de recherche (qui était incroyablement compliqué) et elle s’est sentie dépassée, jusqu’à ce qu’il lui explique que tout ça venait de ce qu’elle lui avait montré à tel moment dans son parcours Montessori. Elle-même n’avait pas vu ou pas compris ces notions derrière le matériel, mais lui, dont l’intelligence était particulièrement orientée vers les mathématiques, en avait tiré beaucoup plus, et cela avait inspiré jusqu’à son sujet de thèse !

Bref, au-delà du plaisir qu’il y a à partager son savoir avec ses enfants, il est bon de pouvoir s’appuyer au quotidien sur une pédagogie moins exigeante que les apprentissages informels envers nous, les parents ! Je trouve cela particulièrement reposant de se concentrer sur les étapes concrètes d’une présentation, sur ce que chaque sens perçoit (les sons, les couleurs, les formes…) plutôt que sur l’abstraction, que l’enfant percevra petit à petit lui-même à force de s’entraîner.

De suivre une progression en se concentrant simplement sur les centres d’intérêt et les progrès de l’enfant, plutôt que de chercher dans l’environnement immédiat ce qui pourrait être prétexte à une leçon. Pour moi, la pédagogie Montessori est le juste équilibre entre l’éducation formelle et informelle : elle se concentre sur les besoins et le rythme propre de l’enfant, sans plaquer une progression arbitraire, tout comme les apprentissages informels, mais elle offre un cadre et une structure rassurante, sur laquelle nous pouvons nous appuyer, nous les parents.

D’ailleurs, il est toujours compliqué de savoir s’il faut faire rentrer les activités Montessori dans le cadre d’une éducation formelle ou des apprentissages informels… Par exemple lorsqu’on étudie les fleurs dans notre jardin, est-ce formel ou informel ? Lorsqu’on apprend à tenir son crayon à travers des exercices de vie pratique, est-ce un apprentissage formel ou informel ? Il y a une forme, une structure, un cadre, mais ce n’est pas du tout le cadre habituel de l’école, où l’on est assis derrière un bureau…

Bref, le débat est bien vaste et je ne cherche pas à faire de prosélytisme, mais j’espère que cet éclairage vous aura permis de mieux comprendre comment nous profitons de l’IEF pour faire de belles sorties, prétextes à toutes sortes d’apprentissages informels, tout en ayant une base saine et solide grâce à Maria Montessori.

P.S. : La photo du château de Versailles qui illustre cet article a été prise par François, qui s’entraînait depuis peu à la photographie. Avec le respect de quelques règles simples (lanière toujours autour du cou, interdiction de courir avec l’appareil, on ne touche pas l’objectif…), il s’en sort et profite de chaque occasion pour s’améliorer (par exemple en prenant pour modèle son petit frère ou un champ de bataille avec des soldats en plastique). Vous pouvez retrouver cette photo, et d’autres prises par moi, sur notre compte Instagram. Si vous voulez avoir une idée de nos activités ou de nos journées, c’est l’endroit idéal pour nous suivre. J’espère vous retrouver là-bas !

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Comment reconnaître du matériel Montessori 6/6 : La cohérence de l’ensemble du matériel

Comment reconnaître du matériel Montessori 6/6 : la cohérence de l’ensemble du matériel

Nous touchons à la fin de notre série de 6 critères pour reconnaître du matériel Montessori ! Nous avons déjà discuté des premiers critères : une taille adaptée à l’enfantl’isolation de la difficultéun matériel concret, l’auto-correction et la qualité des matériaux. Mais il nous reste un sixième et dernier critère à aborder : la cohérence globale du code couleur du matériel Montessori.

C’est en effet une caractéristique remarquable du matériel Montessori : bien loin d’une collection hétérogène d’activités dans tous les domaines, il présente une incroyable cohérence. Chaque matériel est relié aux autres et l’enfant conserve ainsi des points de repère tout au long de sa progression, ce qui lui permet de renforcer les images mentales qu’il s’est formées et de mieux intégrer les différentes notions abstraites qu’on lui présente.

Mais ce sera évidemment plus clair avec un exemple.

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Prenons le calcul. Dans le matériel que l’on appelle les timbres Montessori, nous avons des jetons, tous de la même taille, mais avec trois couleurs différentes. Les jetons bleus portent le nombre 10, les rouges le nombre 100 et les jetons verts le nombre 1 ou le nombre 1000 car la couleur verte représente à la fois les unités simples et les unités de mille.

les timbres Montessori un matériel cohérent avec son code couleur

En parallèle, l’enfant va rencontrer un autre matériel : le boulier Montessori, avec une rangée pour les unités, les dizaines, les centaines, les milliers, les dizaines de milliers, les centaines de milliers et les millions (!), et l’on y retrouve donc une vraie cohérence car il utilise le même code couleur. Vert pour les unités, bleu pour les dizaines et rouge pour les centaines.

Idem pour les opérations posées : lorsque l’enfant pose la multiplication 1234 x 9999, il écrit les unités en vert, les dizaines en bleu et les centaines en rouge, de façon à toujours savoir où il en est. C’est une façon de lui faire comprendre cette notion complexe que l’on appelle la “notation positionnelle”, et qui signifie tout simplement que le chiffre 1 ne représente pas la même quantité s’il est placé tout à la fin d’un nombre (c’est une unité) ou 4 rangs avant la fin (c’est un millier). La position du chiffre modifie la quantité qu’il représente, d’où ce nom de “notation positionnelle”.

Il y a donc un motif commun tout au long de la progression en calcul, un code couleur que l’enfant rencontrera à travers toutes les activités de calcul et en manipulant l’ensemble du matériel Montessori lié à ce domaine. Et d’ailleurs, ce choix n’est pas dû au hasard, il est en fait lié à l’organisation de l’armée romaine dans l’Antiquité, mais cela, l’enfant ne le découvrira que plus tard, en particulier au moment des premières divisions, donc je ne vous en dis pas plus (désolée pour le teasing), mais toutes les explications sont dans ma formation Calcul Montessori.

La symbolique de chaque matériel est donc mûrement réfléchie, et il serait dommage, comme vous pouvez l’imaginer, de rompre cette continuité, cette cohérence. Le seul effort que l’enfant doit faire lorsqu’il passe d’un matériel à un autre c’est de passer à un niveau d’abstraction un tout petit peu supérieur (on retrouve donc l’isolation de la difficulté). En l’occurrence, par rapport aux timbres Montessori, les nombres ne sont plus indiqués sur les perles du boulier et la forme est différente (des perles au lieu de jetons plats), mais cela reste très proche.

On ne cherche pas à mettre l’enfant en difficulté, on cherche au contraire à l’aider à extraire l’essentiel de chaque notion.

C’est également le cas en langage ! Dans la pédagogie Montessori, chaque nature de mots est représentée par un symbole et une couleur. Par exemple, le verbe est représenté par une boule rouge, ce qui est assez logique puisqu’elle bouge sans cesse et qu’elle est rouge comme la couleur du feu, de la chaleur, de quelque chose de dynamique. Elle donne donc une idée d’action, ce qui correspond bien au verbe.

Un autre exemple serait le pronom, qui est représenté par une haute pyramide pointue de couleur violette. Maria Montessori appelle le pronom “le grand monsieur prétentieux”, d’où sa haute taille, car à lui tout seul il prétend remplacer tout un groupe nominal, comme lorsqu’on dit “elle” au lieu de dire “la jolie jeune fille à la robe verte”.

Eh bien, lorsque l’enfant apprend les conjugaisons, nous lui présentons des petits livrets, une série de livrets par verbe, avec des verbes qui représentent chacun des trois groupes et quelques verbes parmi les plus courants et les plus irréguliers de la langue française (être, avoir, faire, dire, savoir…). Chaque livret contient les différentes formes du verbe, par exemple chanter, à un temps donné, par exemple le présent de l’indicatif. On y retrouve donc les étiquettes suivantes, en rouge : chante, chantes, chante, chantons, chantez et chantent, et en parallèle une pochette de couleur violette avec les pronoms personnels “je, tu, il / elle, nous, vous, ils / elles”.

En utilisant ce matériel Montessori, tout est bien cohérent pour l’enfant : tout ce qu’il rencontre qui est de couleur violette est un pronom et tout ce qu’il rencontre qui est de couleur rouge est un verbe. Il lui est donc beaucoup plus facile d’extraire la quintessence de chaque notion (pronom, verbe…) à travers tous les différents exercices qu’il va effectuer.

Si j’insiste autant sur cette caractéristique du matériel Montessori, sa grande cohérence avec la couleur, c’est à la fois pour vous faire partager l’immense admiration que j’ai pour le génie créatif de Maria Montessori, et pour vous puissiez y faire plus attention lorsque vous achetez du matériel Montessori, en particulier en dehors des boutiques Montessori sérieuses.

Le plus souvent, pour imposer leur marque, les fabricants changent de convention. Par exemple, les lettres rugueuses sont normalement bleues et rouges ou bleues et roses, mais on en trouve aujourd’hui qui sont vertes et roses, alors que le vert est généralement la couleur que l’on associe à ce que l’on appelle les “digrammes” : les groupes de deux lettres qui forment un seul son, comme “ou, an, oi, gn, ch” etc.

les lettres rugueuses un matériel Montessori avec un code couleur

Ce n’est pas dramatique, mais le souci est qu’il faut que les voyelles et les consonnes gardent le même code couleur car on en a besoin dans la continuité. Je vous invite donc à faire très attention lorsque vous achetez du matériel Montessori auprès d’un fabricant donné et à bien prendre note de la convention utilisée. Si vous possédez déjà du matériel, vérifiez que cette convention est cohérente avec ce que vous avez, et si vous n’avez pas encore de matériel, soyez consciente que, pour l’avenir, vous serez peut-être bloquée pour compléter votre matériel si jamais les conventions utilisées ne correspondent pas aux conventions Montessori les plus courantes.

L’une de mes stagiaires de l’Accompagnement, dont le fils est en école Montessori, a d’ailleurs soulevé ce problème avec les éducatrices Montessori de l’école : elles n’avaient pas réalisé qu’elles n’utilisaient pas le même code couleur dans les différentes ambiances, car elles n’imaginaient même pas qu’il puisse y avoir des divergences suivant les fabricants ! D’où l’intérêt d’apprendre, non pas seulement comment présenter le matériel, mais aussi pourquoi et comment il a été conçu, ce sur quoi j’insiste dans chacune de mes formations.

Nous avons donc fait le tour des six critères fondamentaux pour reconnaître du matériel Montessori, ne pas se faire avoir par des étiquettes “Montessori” qui ne signifient rien, mais aussi reconnaître dans des choses qui sont présentées comme des jeux ou des objets du quotidien ce qui peut être utilisé dans des activités Montessori.

Mais je ne vais pas vous abandonner là, je sais qu’il est souvent très difficile de faire son choix parmi les différentes boutiques qui ne sont malheureusement pas toutes sérieuses et de qualité. D’autant plus, comme je vous l’ai expliqué dans le premier épisode de cette série, que le nom Montessori n’apporte aucune garantie de fidélité à cette pédagogie.

J’ai donc deux ressources pour vous aider : la première, c’est l’article très complet (et régulièrement mis à jour) sur toutes les ressources que je recommande (blogs, livres, mais aussi boutiques de matériel).

La deuxième, c’est un guide, une petite sélection d’idées de matériel Montessori, pour les enfants de 0 à 3 ans, les enfants de 3 à 6 ans et ceux de 6 à 12 ans. J’ai effectué cette sélection suivant plusieurs critères. Outre, bien évidemment, tous les critères que j’ai développés dans notre série d’articles pour reconnaître du matériel fidèle à la pédagogie Montessori, j’ai également recherché du matériel que l’on trouvait partout en France, donc généralement dans de grandes enseignes, accessibles ou bien par leurs magasins physiques ou bien grâce à leur site Internet.

J’ai aussi recherché des produits qui n’étaient pas trop chers, dans un budget raisonnable. Le plus cher est autour de 25 euros. Et enfin, j’ai choisi des matériels dont la présentation ne nécessitait pas une formation trop développées, ou alors des matériels qui étaient accompagnés d’une notice explicative de qualité.

Car on l’oublie souvent lorsqu’on s’intéresse au matériel Montessori : l’important n’est pas tant le matériel que la posture de l’adulte et la façon de le présenter. Lorsqu’on achète du matériel sans avoir été formée à son utilisation, on le présente mal à l’enfant, ou pire, comme on retient que dans la pédagogie Montessori l’enfant est censé travailler seul, on s’imagine que simplement poser le matériel sur une étagère suffira à susciter son intérêt et à l’encourager à travailler, en se débrouillant pour l’utiliser correctement. Mais tout matériel doit être présenté, sinon l’enfant s’en désintéresse totalement. Il est donc toujours bon d’avoir une notice explicative claire rédigée par des éducateurs ou des éducatrices Montessori bien formés, ou alors du matériel suffisamment simple pour se passer de notice.

Je me suis également assuré d’avoir une assez grande diversité de domaines abordés (vie pratique, géographie, sciences naturelles, français, géométrie, histoire…).

Ce guide est disponible sur notre bibliothèque de ressources gratuites, le Terrier des Montessouricettes.

Mais évidemment, rien ne remplace une véritable formation, pour apprendre à choisir ou fabriquer son matériel, et le présenter au bon moment et de la bonne façon

J’espère que cette série vous a plu, et si elle vous a été utile, n’hésitez pas à la partager ou à partager le lien vers le guide autour de vous, sur WhatsApp, sur Instagram ou par mail !

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Comment reconnaître du matériel Montessori 5/6 : Des matériaux de qualité

Comment reconnaître du matériel Montessori 5/6 : des matériaux de qualité

Nous avons déjà abordé ensemble 4 critères pour reconnaître du matériel réellement Montessoriune taille adaptée à l’enfant, l’isolation de la difficulté, un matériel concret et l’auto-correction.

Le cinquième critère pour reconnaître du matériel Montessori que nous allons aborder ensemble aujourd’hui est celui de la qualité des matériaux et la question suivante « Bois obligatoire ou non pour le matériel Montessori ? »

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Ce n’est pas un hasard si je n’ai pas abordé ce critère en premier : il est à la source du plus grand malentendu concernant le matériel Montessori dans le commerce. On a tellement l’habitude de voir du matériel Montessori en bois qu’on fait facilement l’association inverse : si un jouet est en bois, on le présente comme un matériel Montessori.

Or, comme vous l’avez vu, il faut qu’il respecte de nombreux autres critères pour être réellement qualifié de Montessori, d’esprit Montessori ou de montessorien.

Mais il est également vrai que, généralement, le matériel Montessori est fabriqué en bois ou dans des matières plutôt nobles, voire précieuses. Mais pourquoi ? La raison à cela est triple.

Premièrement, cela attire les enfants, les incite à utiliser le matériel et donc à en tirer le meilleur parti.

Le bois n’est que l’une des matières possibles pour du matériel Montessori. Comme je l’évoquais dans l’article précédent sur le matériel concret, tout le travail de calcul par exemple commence par l’utilisation de perles dorées. Les perles sont parfois un peu plus orangées que dorées mais elles donnent cette même impression de valeur, on a le sentiment qu’il s’agit de quelque chose de précieux.

Les enfants sont très naturellement attirés par les choses qui brillent ou qui ont des couleurs chatoyantes. C’est donc un bon moyen de les inciter à manipuler le matériel. Nous ne sommes d’ailleurs pas très différents, devant une voiture de luxe ou un beau bijou…

Les fabricants de jouets l’ont d’ailleurs bien compris, sauf que pour ce côté brillant, ils ont tendance à utiliser beaucoup de plastique, ce qui est attirant mais pose d’autres problèmes, comme nous allons le voir.

La deuxième raison d’utiliser des matériaux de qualité est qu’ils sont plus riches sensoriellement. Le plastique n’est pas nécessairement à bannir totalement, mais on le retrouve déjà dans tellement d’aspects de notre vie quotidienne qu’il est bon de proposer d’autres matières à l’enfant. Le plastique est très pauvre au niveau sensoriel : il est froid, lisse, sans texture ni chaleur.

Le bois, de son côté, est chaleureux, il possède des couleurs pleines de nuances et des textures différentes suivant l’essence du bois, s’il est ciré, peint ou vernis, ou suivant la façon dont il a été coupé dans l’arbre.

le bois un matériau de qualité pour les matériel montessori

A l’inverse, il est bon de ne pas fournir que des jeux et du matériel Montessori en bois à ses enfants ! L’osier, tous les tissus, le métal, la laine, le verre, la porcelaine, offrent chacun des sensations riches et variées. Et lorsque les sens sont sollicités, l’enfant apprend mieux.

Enfin, la dernière raison d’utiliser des matériaux de qualité est que, suivant les activités, il faut parfois utiliser du matériel qui peut se casser.

Par exemple pour le transvasement de graines d’un pichet dans un autre, une activité de Vie pratique classique que l’on peut proposer dès 2 ans et demi, il est très important de ne pas utiliser des pichets en plastique.

Pourquoi ? Parce que si l’on ne confie que des objets en plastique à l’enfant, il n’y a aucun risque qu’ils se cassent et il n’y a donc aucune raison de faire particulièrement attention !

On est souvent un peu crispé lorsqu’il s’agit de confier de la vaisselle à des enfants. Pour cette activité, on utilise généralement des petits pichets en porcelaine ou en grès. Ils n’ont pas une valeur phénoménale, n’exagérons pas, on peut même souvent les trouver en brocante pour un euro, mais tout de même, on hésite un peu à confier des choses qui se cassent à des tout-petits de 2 ans et demi.

Eh bien je vous invite à en faire l’expérience : si vous confiez quelque chose qui se casse, qui est précieux, qui a l’air fragile à un tout-petit et que vous lui dites : “C’est fragile, il faut faire attention”, vous remarquerez que l’enfant va redoubler de précautions par rapport à ce qu’il fait d’habitude.

J’ai présenté ce matériel des pichets à chacun de mes enfants dès l’âge de 2 ans et demi, et si vous aviez pu les voir porter leur plateau en faisant extrêmement attention et se retrouver désolé si un pichet avait le malheur de se renverser sur le plateau ! Je pense que vous seriez agréablement surpris.

N’hésitez donc pas à en faire l’expérience chez vous en confiant par exemple à un enfant une assiette ou un verre à apporter à table. Evidemment, ne choisissez pas la porcelaine de votre mariage ou un verre en cristal ! Mais si vous avez une assiette à laquelle vous ne tenez pas trop et que vous accepteriez de voir cassée si par hasard l’enfant faisait preuve de maladresse (tout comme nous, adultes, pouvons faire preuve de maladresse parfois), tentez l’expérience et vous verrez que nos enfants nous surprennent souvent.

Par ailleurs, dans la pédagogie Montessori, nous apprenons toujours aux enfants, en parallèle de ce genre d’activités, comment réparer leurs maladresses. Par exemple, si un enfant casse l’un de ces pichets, nous allons tout simplement l’orienter vers la pelle et la balayette qui sont à sa disposition et qui sont à sa taille. L’enfant va alors ramasser lui-même les morceaux, sous notre surveillance attentive évidemment.

Généralement, lorsqu’un enfant commet une erreur, casse quelque chose et répare sa bêtise par la suite, il s’aperçoit que c’est relativement long ! Pour un petit enfant, ramasser tous les morceaux qui peuvent s’être répandus dans la pièce lorsqu’il casse quelque chose, est un processus qui peut prendre dix minutes ou un quart d’heure.

Bien loin de considérer que c’est du temps perdu, prenez conscience qu’il apprend aussi pendant ce temps-là. L’enfant intègre l’idée qu’il vaut mieux ne rien casser plutôt que de devoir réparer par la suite. Généralement, la fois suivante, il fait beaucoup plus attention.

En revanche, le danger qui nous guette serait d’attendre d’avoir les moyens ou l’opportunité d’acheter du matériel particulièrement beau en se disant que cela attirera d’autant plus l’enfant. Je voudrais vous mettre en garde contre cette tendance au perfectionnisme, surtout lorsque certains montessoriens jouent les gardiens du temple en jetant l’anathème sur ceux qui n’utiliseraient pas du matériel agréé par l’AMI : l’important est de trouver un équilibre.

Évidemment, je pense que tout le monde préfèrerait acheter du matériel exclusivement en bois ou en matière noble, fabriqué en France dans de bonnes conditions de travail, par des artisans locaux, avec un souci environnemental, qui durera des dizaines et des dizaines d’années etc.

Mais concrètement, si vous n’avez pas le budget pour cela, il ne faut pas que cela vous empêche d’entamer des activités Montessori avec vos enfants, quitte à aller fouiller dans des brocantes ou à chercher du matériel d’occasion.

J’insiste beaucoup là-dessus parce que je vois des parents qui attendent, qui hésitent, qui cherchent le matériel idéal et qui en attendant ne font rien avec leurs enfants, qui continuent à grandir pendant ce temps-là.

Afin que cela ne vous arrive pas, j’inclus toujours dans mes formations les tutoriels et les fichiers ressources pour fabriquer soi-même une grande partie du matériel.

Prenons l’exemple de la boîte des fuseaux, qui est un matériel utilisé pour apprendre à dénombrer entre 1 et 10. Ma boîte personnelle a été faite, non pas par moi parce que je ne maîtrise pas le cartonnage et parce que je manquais de temps, mais par ma mère qui avait le talent et la disponibilité pour le faire. Elle n’est pas faite en bois, mais en carton, suffisamment rigide pour que cela reste un matériel de qualité qui ne s’abîme pas.

Les enfants voient bien que cela a été fait avec soin et si en plus on les prévient que ce matériel a été fabriqué par leur papa, leur maman ou un membre de la famille, ils seront davantage tentés d’aller y jeter un coup d’œil, de le manipuler et d’y faire d’autant plus attention.

vous pouvez fabriquer votre matériel Montessori sans utiliser du bois

La deuxième partie de ce matériel est la boîte qui contient les fuseaux eux-mêmes. Même ces fuseaux ont été fabriqués maison à partir d’une grande tige ronde que nous avons découpée avant de poncer les extrémités de chaque fuseau. Souvent, si on est prêt à faire un peu de bricolage et que l’on a deux ou trois outils à la maison et un peu de temps devant soi (ou bien si on a un ami bricoleur !), on peut fabriquer le matériel pour un coût évidemment beaucoup plus raisonnable.

Pour le reste du matériel, je vous invite à acheter, en fonction de votre budget, la meilleure qualité que vous pouvez vous offrir, tout en tenant compte de l’usage qui va en être fait.

Le matériel agréé par l’AMI, utilisé dans les écoles, est prévu pour être utilisé par des dizaines d’enfants tous les jours, et pendant des années ! Alors que chez vous, même si vous ouvrez un atelier Montessori, il ne sera probablement utilisé que par quelques enfants, donc le matériel, même s’il est moins résistant, durera suffisamment longtemps pour votre utilisation.

Mais j’espère vous avoir convaincu de l’importance de la qualité des matériaux pour le matériel Montessori, sans faire l’amalgame Montessori = matériel en bois !

Et il nous restera à aborder le tout dernier critère pour reconnaître du matériel Montessori : la cohérence de l’ensemble du matériel.

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Comment reconnaître du matériel Montessori 4/6 : L’auto-correction

Comment reconnaître du matériel Montessori 4/6 : l’auto-correction

Nous avons déjà abordé ensemble 3 critères sur 6 pour reconnaître du matériel réellement Montessori, une taille adaptée à l’enfant, l’isolation de la difficulté ainsi que la définition d’un matériel concret. Le quatrième critère pour reconnaître du matériel Montessori que nous allons aborder ensemble aujourd’hui est celui de l’auto-correction. Car oui, le matériel Montessori est ce que l’on appelle “auto-correctif”. Mais, qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement qu’à la fin d’une activité, l’enfant doit être capable de vérifier tout seul s’il s’est trompé ou non et de se corriger.

Avant de continuer, si vous préférez écouter le podcast de cet article, par exemple en faisant vos tâches ménagères ou pendant un trajet en voiture, je vous invite à cliquer sur le lecteur ci-dessous :

Le gros avantage est qu’ainsi, lorsque l’enfant commet une erreur, il n’est pas placé sous le regard extérieur de l’adulte. Il ne ressent pas de jugement et intègre donc plus facilement l’idée qu’un travail est un entraînement, que l’on fait des erreurs, que l’on cherche à les corriger et que l’on recommence sans cesse. Il n’y a pas d’apprentissage sans erreurs et il n’y a pas à se sentir frustré ou vexé si l’on commet une erreur.

C’est d’ailleurs très proche de la façon dont nous, adultes, nous continuons à apprendre tout au long de notre vie. Nous apprenons quelque chose de nouveau, nous faisons des essais, nous commettons des erreurs,  nous les corrigeons et le cycle recommence.

Je répète ainsi souvent aux enfants que s’ils ne faisaient jamais d’erreur dans leurs apprentissages, cela voudrait dire qu’ils n’apprennent rien… Le matériel doit être suffisamment stimulant pour eux, ce qui implique quelques erreurs en cours de route.

Par ailleurs, Maria Montessori aimait beaucoup répéter que le monde actuel n’est pas celui que nos enfants rencontreront lorsqu’ils auront grandi. Quel intérêt donc de les préparer au monde actuel alors que celui-ci aura radicalement changé ? Il est beaucoup plus intéressant de les préparer à apprendre seuls tout au long de leur vie, à aimer apprendre et à ne pas avoir peur de l’échec. Car avec notre monde qui change à une vitesse incroyable, il y a fort à parier que même s’ils font des études dans un certain domaine, ils doivent changer deux, trois, quatre fois de métier et apprendre sans cesse de nouvelles choses. Autant donc développer chez eux le goût de l’apprentissage.

Pour moi, cette idée de l’auto-correction est un aspect fondamental de la pédagogie Montessori, qui se manifeste de deux façons différentes à travers le matériel.

Le premier cas est celui d’une auto-correction physique et peut être illustré par les blocs de cylindres.

Les blocs de cylindres un matériel Montessori basé sur l'auto-correction

L’enfant est censé retirer de chaque bloc les 10 cylindres de taille différente qu’il comporte puis les replacer au bon endroit. Si l’enfant a commis une erreur, il se peut qu’il ne s’en rende pas compte tout de suite, par exemple s’il a placé un cylindre trop petit dans l’un des orifices.

Mais à la fin, il lui sera absolument impossible de placer le dernier cylindre qui lui restera : il sera trop gros pour son orifice. À ce moment-là, l’enfant a un cylindre qui lui reste en main et il peut s’auto-corriger pour réussir à le positionner. Il va donc apprendre quelque chose de nouveau. Peut-être qu’il ne verra pas tout de suite comment se corriger, qu’il va reposer le matériel et le reprendre un peu plus tard, sans se sentir vexé et sans ressentir de frustration vis-à-vis de ce matériel, parce qu’il n’y aura pas eu d’intervention de l’adulte.

C’est d’ailleurs ce qu’écrit Maria Montessori : « Si la leçon n’est pas assimilée par l’enfant, l’éducateur ne doit pas lui faire comprendre qu’il s’est trompé. Cela risquerait d’arrêter, et pour longtemps, cette mystérieuse impulsion à agir qui est à la base de tout progrès. »

Un enfant que l’on viendrait voir et à qui l’on dirait : “Non, ce n’est pas juste, il faut placer les cylindres comme cela” risquerait de reposer le matériel et de ne plus jamais le reprendre, ce qui serait fort dommage.

Comme le dit Maria Montessori : « Dans l’école traditionnelle, la correction de l’erreur est souvent humiliante et décourageante. Il n’est pas permis de copier, et l’on considère comme une faute d’aider un camarade plus faible. L’écolier qui aide son camarade en détresse est considéré comme coupable. Au même titre que celui qui accepte cette aide. Ce n’est pas ainsi que se forme la cohésion humaine. C’est imposer là une régression des valeurs morales. L’important n’est pas que l’enfant manipule bien le matériel, mais que celui-ci attire son attention. L’enfant se corrige lui-même en répétant l’exercice ou avec le contrôle d’erreur inhérent à notre matériel. Si l’éducateur intervient pour le corriger ou même le féliciter, il brise l’intérêt développé par l’enfant et anéantit l’enchantement de découvrir par soi-même. »

J’aimerais d’ailleurs partager avec vous une anecdote de mon enfance qui illustre parfaitement cette citation. J’ai eu la chance, durant mon primaire, de me retrouver dans des classes Montessori. Et je me souviens parfaitement qu’un jour où je devais travailler sur les articles définis, à partir d’une petite fiche, je ne comprenais pas dans quels cas il fallait écrire “le” ou “la” et dans quels cas il fallait écrire “l’ ”. Je suis allée chercher la fiche d’auto-correction et j’ai alors compris la règle associée. Je n’ai gardé que les bonnes réponses dans mon cahier, et je me suis auto-évaluée d’une gommette verte, avec le sentiment profond d’avoir triché.

En soi, il n’y avait pourtant pas de triche, mais seulement un apprentissage. J’avais besoin de la correction pour comprendre la règle. La tromperie venait de ce que je m’étais mis une gommette verte sur mon plan de travail et c’est là que l’on voit l’effet parfois pervers des notations, évaluations etc. S’il n’y avait pas eu cette histoire de gommettes, ou si l’on m’avait expliqué que ces gommettes avaient simplement pour but de voir où j’en étais, je me serais mis une gommette orange ou rouge et je n’aurais pas ressenti cette honte qui m’a marquée jusqu’à aujourd’hui.

Mais entre autres par la pression familiale, l’idée de ne pas avoir que des gommettes vertes sur mon plan de travail me stressait déjà à l’âge de 7 ans.

C’est donc le premier système d’auto-correction, physique ou mécanique.

Mais, il arrive, dans le matériel sensoriel Montessori en particulier, qu’il n’y ait pas ce type d’auto-correction, que l’auto-correction doive venir de l’intérieur de l’enfant. Il existe par exemple dans le matériel Montessori une boîte des couleurs pour laquelle il faut trier les couleurs en dégradé, en les plaçant par exemple du vert le plus clair au vert le plus foncé.

Les boites de couleurs Montessori sont des matériels n'ayant pas de système d'auto-correction

Certaines tablettes ont des teintes très proches, c’est d’ailleurs tout le but de l’exercice que d’affiner la perception du regard. Il est donc difficile de les distinguer, même pour un regard adulte.

Donc si l’enfant fait un dégradé et commet une erreur, il est possible que vous, adulte, avec votre vue plus perfectionnée et plus raffinée, vous rendiez compte de l’erreur et pas lui. S’il a interverti des tablettes, s’il ne les distingue pas, cela veut dire que son regard n’est pas encore prêt à les distinguer et qu’il doit encore s’entraîner.

Il ne sert donc à rien de le corriger.

Imaginez que je vous présente deux tablettes qui vous semblent rigoureusement identiques et que je vous dise que l’une est plus foncée que l’autre. Premièrement vous pourriez ne pas croire qu’il existe une différence : ces deux tablettes n’en présentent aucune pour vous ! Deuxièmement, vous pourriez vous demander si je n’essaie pas de vous tromper, si je n’essaie pas de vous persuader de quelque chose de faux. Je pourrais aussi bien vous indiquer l’autre tablette et vous dire qu’elle est plus foncée, cela créerait une fausse impression dans votre esprit et vous risqueriez de voir une couleur plus foncée là où il n’y en a pas. C’est un fait : notre cerveau est facilement influençable.

Avec un peu de force de persuasion, je pourrais vous faire croire tout et son contraire. Mais est-ce la crédulité que l’on cherche à encourager chez nos enfants ? Il ne s’agit pas de jouer sur la persuasion, mais sur l’éducation. On cherche simplement à ce que l’enfant affine son regard, affine ses sens. Dans un cas comme celui-ci, l’auto-correction doit donc venir de lui-même.

Maria Montessori le dit bien mieux que moi : « Le contrôle matériel de l’erreur amène l’enfant à accompagner ses exercices d’un raisonnement ; son sens critique et son attention sont toujours plus tendus vers l’exactitude, avec un affinement qui lui permet de distinguer les différences les plus infimes ; la conscience de l’enfant est ainsi préparée à contrôler ses erreurs, même quand ce ne sont plus des erreurs matérielles. »

Lorsque l’enfant sera prêt à distinguer toutes les couleurs et tous les degrés dans ces couleurs, il les distinguera, ce ne sera pas un souci.

Tout le matériel Montessori fonctionne donc de cette façon, en auto-correction.

Je vais vous donner un dernier exemple : les dictées muettes.

Dans les dictées muettes, l’enfant a des petites pochettes, souvent sur un thème phonétique, par exemple, telle dictée porte sur le son “k” écrit “qu” avec des mots comme pique, quatre, masque, brique etc.

L’enfant commence par disposer les neuf images sur son tapis de travail. Puis il place en-dessous de chaque image l’étiquette correspondante (c’est un travail de lecture). C’est l’occasion pour lui de découvrir l’écriture de ces mots, qui n’est pas phonétique à cause de ce son “k” écrit “qu”.

Puis il retourne toutes ces étiquettes face cachée, compose chaque mot à l’aide d’un alphabet mobile, avant de retourner l’étiquette correspondante pour se contrôler.

Là encore, si l’enfant s’est trompé, ce n’est pas grave, la correction est immédiate. On ne cherche pas à le mettre en échec (c’est l’isolation de la difficulté) mais à l’inverse on ne doit pas non plus avoir peur de l’échec. Il s’agit d’un exercice, pas d’une évaluation. Par exemple, si l’enfant s’est trompé et qu’il a écrit le mot “pique” “p-i-c”, il pourra se rendre compte tout seul que ce n’est pas comme cela que ça s’écrit. Il se corrigera et la prochaine fois, il y a fort à parier qu’il ne refasse plus cette erreur.

Faites donc très attention lorsque vous achetez du matériel Montessori à toujours vérifier qu’il y a bien un système d’auto-correction, ou bien inclus dans le matériel (comme pour les blocs de cylindres ou les dictées muettes), ou bien, s’il s’agit d’un matériel purement sensoriel, assurez-vous que l’enfant puisse de lui-même, de l’intérieur, s’auto-corriger. Et surtout ne venez pas le corriger : cela ne sert à rien, c’est même contre-productif.

Vous n’êtes pas en train de lui faire passer un test ou un examen, vous êtes simplement en train de lui proposer un entraînement afin qu’il développe toutes ses capacités.

Je citerai Maria Montessori une dernière fois : « Le matériel se substitue à l’enseignement verbal de l’éducateur. Il révèle l’erreur à l’enfant qui l’utilise et permet ainsi l’auto-éducation. Par l’usage quotidien de ce matériel, l’enfant devient plus sûr de lui. Il prend conscience de ses possibilités. Il pourrait dire “Je ne suis pas parfait, je ne suis pas puissant mais je sais faire cela. Je connais ma force. Et je sais aussi que je peux me tromper et me corriger. Alors, je connais mon chemin”. »

Sur ces belles paroles, rendez-vous dans notre prochain article pour découvrir le 5ᵉ critère qui permet de reconnaître un matériel Montessori : des matériaux de qualité.

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Comment reconnaître du matériel Montessori 3/6 : Un matériel concret

Comment reconnaître du matériel Montessori 3/6 : un matériel concret

Aujourd’hui, nous abordons le troisième critère qui permet de reconnaître un matériel Montessori : en plus d’être adapté à la taille de l’enfant et d’isoler la difficulté, il s’agit d’un matériel concret.

Avant de continuer, si vous préférez écouter le podcast de cet article ; par exemple en faisant vos tâches ménagères ou pendant un trajet en voiture, je vous invite à cliquer sur le lecteur ci-dessous :

Tout le matériel Montessori est en effet concret, voire sensoriel. Pour chaque activité, on essaie de partir d’une situation réelle pour aboutir à l’abstraction, ce qui permet d’associer à la mémoire visuelle et logique, la mémoire sensorielle, musculaire et tactile. C’est un phénomène extrêmement puissant !

Laissez-moi vous donner un exemple qui parlera sans doute à tous les musiciens : plus jeune, je jouais de la harpe, et lorsque j’étais au conservatoire, tous les examens avaient lieu sous la forme d’auditions, c’est-à-dire que l’on devait monter sur scène dans un auditorium et jouer devant un jury de professeurs qui évaluaient notre niveau.

Le stress était intense, certains harpistes arrivaient à l’audition tellement stressés que mon professeur distribuait des calmants et certains s’entraînaient tellement qu’ils arrivaient avec les doigts en sang et que notre professeur se retrouvait à essuyer consciencieusement le sang qui restait sur les cordes entre deux morceaux… Oui, c’était sans doute une autre époque, et heureusement !

Autant vous dire que j’apprenais scrupuleusement mes morceaux ! Car, oui, petite précision, les morceaux devaient être joués par cœur, sans partition. Et moi qui avais plutôt une mémoire visuelle, je me concentrais sur la visualisation de la partition et j’avais en même temps en tête le nom des notes de la mélodie que je me fredonnais intérieurement. 

Seulement, à chaque fois, le jour J, lorsqu’il fallait monter sur la scène éclairée, devant une salle parfaitement obscure, avec des professeurs qu’on n’avait jamais vus, qui étaient réunis là pour m’examiner, pour m’évaluer, bien évidemment le trac emportait tout. Je ne visualisais plus rien de la partition. Les quelques notes qui me restaient en tête ne me fournissaient qu’un bout de la mélodie et il me manquait toute l’harmonie (les accords).

La seule chose qui restait en place, c’était ce que mes doigts savaient par cœur : ce que j’avais appris dans ma mémoire musculaire, ma mémoire sensorielle. La seule solution était d’essayer de laisser mes doigts jouer à ma place, sans rien contrôler, puisque eux seuls savaient ce qu’il fallait faire.

Encore aujourd’hui, lorsque j’essaie de me rappeler certains morceaux que j’ai appris il y a très longtemps et que j’ai oubliés, je ne suis plus capable de retrouver le nom des notes, la mélodie. Si en revanche je me mets devant un piano ou une harpe, que je me détends complètement et que je laisse mes doigts jouer, bien souvent j’arrive à en retrouver une bonne partie.

Cette mémoire musculaire est l’une des plus profondes, des plus imprégnées en nous et c’est cette mémoire que nous allons essayer de travailler en Montessori.

Je pense d’ailleurs que lorsque Maria Montessori parle de l’esprit absorbant, c’est en partie à cela qu’elle fait allusion. L’esprit n’est pas une tablette que l’on grave, c’est une éponge qui absorbe, qui intègre à elle-même ce qu’elle reçoit. C’est là un phénomène extrêmement puissant : cela signifie que nous devenons ce que nous apprenons…

Mais au-delà de la théorie, abordons un exemple avec l’étude des animaux. Normalement, dans la pédagogie Montessori, la première étape consiste à emmener les enfants voir les animaux dans la nature ou dans leur environnement, comme une ferme. 

l'étude des animaux en montessori passe par l'utilisation de matériel concret

Ensuite, l’idéal est d’utiliser de petites figurines en 3D, comme celles de la marque Schleich ou Papo, qui permettent à l’enfant de toucher, de sentir chacune des parties de l’animal et de revoir avec lui leur nom, comme les oreilles, la tête, le corps, les pattes antérieures, les pattes postérieures, la queue, etc.

À partir de là, on peut faire tout un travail pour associer l’animal en 3D et une photo par exemple, puis passer au dessin pour apprendre l’abstraction.

Il y a donc une progression du plus sensoriel au moins sensoriel, un passage de la réalité à une réduction en taille, puis le passage de la 3D à la 2D réaliste, puis le passage d’une photo réaliste à un dessin qui constitue déjà une abstraction.

À chaque fois, comme mentionné dans le dernier article, on avance étape par étape, petit à petit, en isolant la difficulté.

C’est vous dire à quel point Maria Montessori s’appuyait sur le concret du matériel et comptait sur l’esprit absorbant de l’enfant à tous les niveaux. 

De même, si vous avez déjà eu l’occasion de rencontrer le superbe matériel des perles dorées Montessori, vous savez peut-être qu’il est constitué de gros cubes de perles (ou de bois) qui représentent les milliers, de plaques carrées qui représentent les centaines, de barrettes symbolisant les dizaines et de perles unités.

Une addition consiste donc, après avoir formé les nombres sur des plateaux distincts avec ce matériel, à rassembler les cubes, les plaques, les barrettes et les perles unités de tous les nombres que l’on souhaite additionner dans un seul plateau ou un seul tissu.

Rassembler tout cela, c’est additionner, c’est “mettre ensemble”.

L’enfant vit cela de façon très physique, très musculaire, très sensorielle et se forge ainsi une image très concrète de ce que représente chaque catégorie du système décimal.

Le cube de mille un matériel concret de la pédagogie Montessori

Ainsi, un millier, c’est quelque chose de lourd, de conséquent et d’imposant pour ses mains. Une centaine, moi adulte, je peux la cacher dans mes mains, mais ce ne sera pas toujours possible pour l’enfant (ça dépassera). En revanche, une barrette de 10 est facilement transportable et on peut facilement la cacher dans ses mains. Quant aux unités, les petites perles sont tellement fines qu’il faut les tenir à deux doigts et les réunir dans une petite coupelle pour qu’elles ne roulent pas partout.

Bref, vous voyez que l’on se forge une image sensorielle de ces concepts mathématiques. À partir de là, l’enfant va se former une image mentale dans son esprit, il va passer à l’abstraction. Mais cela n’interviendra que plus tard, après plusieurs étapes de manipulation.

Vous voyez donc que même pour aborder des concepts aussi abstraits que le système décimal, le passage par le concret est fondamental dans le matériel Montessori.

Un autre point important que je voudrais aborder aujourd’hui dans ce contexte, c’est qu’il existe des applications Montessori pour smartphones. Alors qu’en penser ? Très honnêtement, je considère que cela ne relève pas du matériel Montessori. Le processus n’est pas le même lorsque vous manipulez des objets de vos mains (c’est d’ailleurs à la racine même du mot “manipuler”), et lorsque vous faites glisser des choses sur un écran de smartphone. Cela n’a rien à voir.

Un aspect fondamental qui est malheureusement oublié dans ces applications, c’est que tous ces processus musculaires et sensoriels ont également une autre vertu : ils ralentissent le processus.

Cela peut paraître contre-productif : n’a-t-on pas envie que les enfants aillent vite et travaillent aussi rapidement que possible ? Eh bien non, ce n’est pas un objectif souhaitable : les enfants ont besoin de se concentrer, de passer du temps sur chaque chose pour bien s’en imprégner et en retirer tout ce qu’ils peuvent.

En particulier pour des enfants brillants, ou des enfants à haut potentiel intellectuel : même s’ils veulent absolument aller plus vite, car ils ont le sentiment qu’ils ont tout compris, le fait de devoir utiliser leurs mains, ou de marcher, d’être en mouvement pour certaines activités, a cette immense vertu de faire durer l’activité un peu plus longtemps et donc de les faire réfléchir un peu plus à ce qu’ils font. Vous verrez qu’ils en tireront des découvertes souvent surprenantes !

Par ailleurs, il a été prouvé par de nombreuses études qu’il est bien plus efficace d’apprendre en mouvement et que les connexions neuronales se font alors bien mieux. La mémoire est également bien plus solide lorsque les choses ont été apprises en mouvement.

C’est pourquoi, à mon humble avis, les applications peuvent parfois avoir leur intérêt, par exemple si vous partez en vacances et que vous avez un enfant qui a déjà manipulé du matériel Montessori, qui y est habitué et que vous n’avez pas envie de transporter toutes ces activités dans vos valises. Dans ce contexte, pourquoi pas : c’est pratique, cela ne prend pas de place et peut être un rappel utile de certaines notions si vous partez pour une longue durée et que l’enfant risque d’oublier.

Mais, le plus souvent, je pense qu’elles sont totalement superflues. Ne vous embarrassez donc pas de ça et consacrez les 4, 5 ou 10 euros que vous coûterait une application à acheter du matériel Montessori concret, ce sera toujours ça de pris !

Pour le même prix, achetez par exemple plutôt une figurine d’animal en trois dimensions de qualité (marque Schleich ou Papo). Le prix sera sensiblement équivalent et vous aurez quelque chose de tout à fait réel et tangible avec lequel vos enfants et les enfants de votre entourage pourront progresser plus longtemps !

Rendez-vous dans notre prochain article pour découvrir le quatrième critère d’un matériel Montessori : l’auto-correction.

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Comment reconnaître du matériel Montessori 1/6 : Une taille adaptée à l’enfant

Comment reconnaître du matériel Montessori 1/6 : une taille adaptée à l’enfant

Depuis quelques années, le matériel Montessori est à la mode. Vous l’avez probablement vu chez différentes grandes enseignes, dans des catalogues publicitaires ou sur des sites de vente en ligne.

Et, peut-être avez-vous décidé d’offrir du matériel Montessori à votre enfant ou à un enfant de votre entourage. Avant tout, je vous en félicite ! C’est un excellent choix, ce matériel a été soigneusement conçu, après des années d’observation, et je suis certaine que, s’il est bien compris et bien utilisé, ce matériel pourra énormément profiter à ces enfants.

Le problème, c’est que vous n’avez aucune garantie lorsque vous voyez le nom Montessori.

Ce n’est pas une marque, ce n’est pas un nom déposé, ce n’est pas un brevet. Bref, il ne dispose d’aucune protection et il n’y a aucun label “Montessori”. Le seul label qui existe, c’est le label “agréé par l’AMI”, avec la présence du logo AMI.

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De quoi s’agit-il ? C’est très simple, l’AMI est l’Association Montessori Internationale. Elle a été créée par Maria Montessori elle-même et prise en charge par Mario Montessori, son fils, dès le début. Elle a pour but de maintenir l’héritage de Maria Montessori et d’assurer la fidélité à sa pédagogie. Elle a par conséquent prévu tout un cahier des charges pour le matériel qui est employé dans les écoles AMI.

Ce cahier des charges est à l’heure actuelle uniquement respecté par quatre fabricants : 

On trouve aujourd’hui assez facilement en France le matériel Nienhuis ou Gonzagarredi, qui est distribué par exemple par le site Montessori Spirit ou le site Montessori Jeux&Education.

Il s’agit là d’un matériel de grande qualité, mais très coûteux. Pour vous donner une idée sur les articles les plus emblématiques du matériel Montessori, on trouve par exemple une tour rose aux alentours de 100 euros et un escalier marron autour de 150 euros.

C’est donc un budget plus que conséquent et vous n’avez probablement pas ce montant à dépenser pour une seule activité.

J’ai donc décidé de vous proposer cette petite série d’articles pour vous aider à faire le tri parmi tout ce que vous pouvez voir autour de vous et vous aider à discriminer suivant les bons critères ce qui est réellement du matériel Montessori, et ce qui est simplement un coup marketing.

Vous verrez très rapidement que la présence du nom “Montessori” ne veut absolument rien dire…

Dans cette série d’articles, je vais donc vous exposer à chaque fois un nouveau critère pour reconnaître du matériel Montessori (il y en aura 6 au total). Aujourd’hui, le premier critère : une taille adaptée à l’enfant.

Car oui, la taille, ici, ça compte !

L’un des premiers critères qui vous fera reconnaître s’il s’agit bien d’un matériel Montessori, c’est de vérifier s’il est à la taille de l’enfant.

C’était d’ailleurs l’une des innovations majeures de Maria Montessori à son époque : au lieu de forcer l’enfant à rentrer dans un moule et à s’adapter aux contraintes de l’adulte, par exemple en lui faisant porter des objets aussi lourds que ceux qu’un adulte peut porter, elle a créé du matériel adapté à sa force et à sa taille.

Par exemple, si vous souhaitez offrir à un enfant de votre entourage un matériel Montessori pour faire des verser, où il s’agit de transvaser d’un pichet à un autre des grosses graines, des petites graines, des pois chiches, de l’eau etc., attention à la taille de ces pichets !

Par exemple pour un petit enfant de deux à trois ans, évitez de prendre un gros pichet de 20 cl. Il sera trop lourd et trop délicat à manipuler correctement. L’enfant n’en tirera pas tout le bénéfice qu’il aurait pu en escompter autrement.

Privilégiez dans ce cas-là des petits pots à lait de 4 à 12 cl et un plateau adapté à sa taille, et à sa force. Pour cela, je vous recommande les plateaux en bois, qui sont très légers.

Vous pouvez également trouver facilement, même en grande surface, du matériel pour faire des travaux ménagers, qui ont toute leur place dans la vie pratique Montessori ! Par exemple un petit balai en bois (si vous trouvez des versions en plastique, c’est un peu dommage, comme vous le verrez dans l’un des prochains articles de cette série). Vous pourrez facilement trouver ce genre d’objets, même s’il n’y a pas d’étiquette Montessori dessus.

De même, dans certaines grandes enseignes comme Ikea, vous pouvez trouver du mobilier parfaitement adapté pour les enfants comme la petite table Lack. Vous la connaissez forcément, je crois qu’on en a tous une ou qu’on l’a forcément vue chez des amis, c’est la table la moins chère de chez Ikea et elle est tout simplement parfaite pour les enfants parce qu’elle est à la bonne taille, aussi bien assis que debout, et elle est surtout extrêmement légère, donc deux enfants à eu tout seuls peuvent la déplacer sans faire de bruit et la manipuler correctement.

Vous trouverez également chez Ikea des petites chaises toutes simples, très mignonnes d’ailleurs, qui seront également parfaite pour que votre enfant travaille dans un espace à sa hauteur, avec un budget tout à fait limité.

À l’inverse, faites attention à ce que certains matériels ne soient pas trop fins. Il existe par exemple des cadres d’habillage destiné aux tout-petits (de moins de 3 ans), avec seulement 3 répétitions (3 boutons, ou 3 fermetures…) pour un format de 30×30 cm.

Les cadres d’habillage prévus pour les 3-6 ans, qui comportent 5 répétitions (5 boutons, ou 5 fermetures) sur le même format, demandent beaucoup plus de précision dans le geste. Il est donc important de choisir le bon cadre en fonction de la tranche d’âge de l’enfant.

Pour choisir du matériel Montessori, le mieux reste, si vous le pouvez, d’aller dans les magasins, de soupeser le matériel et d’imaginer l’enfant à qui il est destiné. Est-il bien proportionné ? Pourra-t-il le porter ? Bref, essayez d’évaluer si le matériel est adapté à sa force et à sa taille.

Ou alors vous pouvez vous laisser guider à travers mes formations, ou me demander dans l’Accompagnement Montessori, notre communauté sur abonnement mensuel, si tel ou tel matériel que vous avez repéré est adapté : je fais souvent faire de grosses économies à nos stagiaires en leur évitant d’acheter du matériel inutile et en partageant mes bons plans pour trouver du matériel de qualité suffisante à bas coût 😉.

Et rendez-vous dans l’article suivant pour découvrir le deuxième critère pour reconnaître du matériel Montessori : l’isolation de la difficulté.

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Montessori et les jeux de société

Montessori et les jeux de société

Lorsque nous habitions dans le Sud de la France, nous en avons profité pour aller plusieurs fois… au Festival de Cannes ! S’il y avait bien un tapis rouge, pas question cependant d’y rencontrer Brad Pitt ou Leonardo di Caprio, puisqu’il s’agissait… du Festival international des jeux. En effet, tous les ans, fin février, Cannes est LE lieu de rendez-vous de tous les amateurs et créateurs français de jeux de société. Avec l’As d’Or, qui récompense le meilleur jeu de l’année dans quatre catégories (tout public, enfants, initiés et experts), il fait même concurrence au plus grand salon du monde, celui d’Essen, en Allemagne, qui décerne les Spiel des Jahres. Il faut dire que les jeux ont bien évolué et que l’on est aujourd’hui très, très loin des Monopoly, la Bonne paie et Mille bornes de notre enfance. Les jeux se sont perfectionnés, aussi bien dans leur mécanique que dans leur esthétique. Mais vous me direz, quel rapport avec Montessori ?

A première vue, pas grand-chose, d’autant que Maria Montessori a petit à petit supprimé les jeux de ses Maisons des enfants, lorsqu’elle s’est aperçue que les enfants préféraient utiliser le matériel sensoriel et les objets de la vie quotidienne qu’elle avait également mis à leur disposition. Mais à force de jouer avec mnos enfants, j’ai découvert un certain nombre de points communs entre les jeux de société et la pédagogie de la fameuse Dottoressa !

Avant de continuer, si vous préférez écouter le podcast de cet article ; par exemple en faisant vos tâches ménagères ou pendant un trajet en voiture, je vous invite à cliquer sur le lecteur ci-dessous :

Le Festival du jeu de Cannes réunit aussi bien les jeux vidéo que les jeux de société, et certains jeux de plateau sont aujourd’hui convertis en jeux en ligne ou en applications pour smartphones (Heroes of Normandie, les Colons de Catane, etc.). Pour avoir pratiqué un peu toutes ces versions, je me suis posé la question de ce que je préfèrerais pour mes enfants. Et là, ma réponse a été parfaitement montessorienne : le jeu de plateau.

Quel est le lien entre la pédagogie Montessori et les jeux de plateau ?

Tout d’abord, avec le jeu de plateau, la rencontre est réelle, évidemment, il s’agit d’un moment partagé avec des personnes physiques. Nous en avons fait l’expérience un week-end particulièrement pluvieux qui aurait pu s’avérer désastreux, et où nous avons malgré tout passé un excellent moment en famille autour du jeu Carcassonne, ou bien pour notre premier Nouvel An avec les enfants, où nous avons fait notre première partie des Aventuriers du rail en famille. Un excellent moment de convivialité, qui nous laisse bien plus de souvenirs qu’un film à la télé ! De même, avec des amis, c’est souvent avec un petit jeu d’ambiance que l’on prolonge la soirée (ou qu’on la commence !).

Soirée jeux de société déguisés, une chouette façon de se retrouver en couple

Mais deuxième argument : les jeux de plateau impliquent de la manipulation, et comme en Montessori, la manipulation permet de ralentir la réflexion. Lorsque tout va vite, comme sur une appli ou dans un jeu vidéo, on se contente souvent de « tenter sa chance », d’essayer quelque chose, sans avoir beaucoup réfléchi avant. Certes, on apprend de ses erreurs, mais je préfère le petit effort que demande le jeu de plateau. Pas de sauvegarde ou de bouton annuler, les choix que l’on fait ont plus de poids. Donc on réfléchit un peu plus, on élabore des stratégies, on pense au coup suivant pendant les coups des adversaires (un ordinateur va tellement vite qu’il nous incite au contraire à aller aussi vite que lui).

C’est exactement le même processus dans les manipulations Montessori. Qu’il s’agisse de manipuler des perles dorées pour apprendre les opérations mathématiques ou de manipuler toutes sortes d’étiquettes pour apprendre la grammaire, le principe est le même : on a davantage de temps pour observer, pour s’imprégner, pour approfondir. Et on fait parfois de belles découvertes que l’on ne soupçonnait pas !

De nombreuses études démontrent les bienfaits des méthodes d’éducation actives, où l’enfant bouge, agit, intervient, innove. Mais c’est la même chose lors d’un jeu de société ! Si l’on a besoin de marcher un peu, d’aller chercher un verre d’eau, qui nous en empêche ? Et nous absorbons bien mieux les conséquences de nos choix stratégiques lorsque nous manipulons des jetons ou des figurines (tiens, ce choix me rapporte 5 points de victoire, intéressant… Oups, avec cette stratégie, je me retrouve sans aucune carte en main, la fin de partie va être délicate…)

 

Petit wargame adapté pour les enfants : Robin des bois et le shérif de Nottingham

Enfin, le principe même d’un jeu est la résolution de problèmes et l’élaboration de stratégies pour parvenir à un but, compte tenu de règles fixées. Cela demande également de s’adapter aux coups des adversaires. Résolution de problème et capacité d’adaptation, voilà justement ce que la pédagogie Montessori cherche à développer ! Car ce sont deux compétences précieuses dans notre monde en perpétuelle évolution. Comme le disait Maria Montessori : « N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui. Ce monde aura changé lorsqu’ils seront grands. »

Rien n’empêche lorsque l’on apprécie un jeu de plateau de profiter des versions en ligne, ne serait-ce que parce qu’elles permettent de trouver des joueurs motivés à n’importe quelle heure et qu’elles nous permettent d’accélérer les choses lorsque l’on pense maîtriser le jeu. Mais pour commencer, et surtout avec des enfants, savourons le plaisir de déplacer des petits bonshommes en bois, d’accumuler des jetons ou de faire de magnifiques constructions ! D’autant que les éditeurs de jeux font beaucoup d’efforts pour que leurs jeux soient beaux, de bonne qualité, avec un graphisme original et cohérent.

Et n’oublions pas que les autres apprentissages peuvent aussi y trouver leur place… Mon aîné a appris à dénombrer sur des dés (il voulait jouer aux petits chevaux) et s’est entraîné à lire sur un jeu de 7 familles. Oui, ça se voit, nous sommes une famille de joueurs…

Alors jouons, sans complexe aucun ! De la compétition à la coopération, du jeu à l’allemande avec petits cubes en bois à l’Améritrash et ses belles figurines, en passant par les jeux à base de cartes, il y en a pour tous les goûts !

 

Mais si vous ne connaissez pas encore cet univers, il peut être difficile de s’y retrouver. Heureusement, comme nous sommes de grands, grands amateurs de jeux de société, j’ai quelques recommandations pour vous aider à trouver les jeux adaptés à vos goûts et à votre famille.

 

Où trouver des recommandations de jeux de société ?

 

Pour démarrer, je vous invite à aller sur Tric Trac, un site remarquablement bien fait qui vous proposera pour chaque jeu une présentation, des avis de joueurs et de petites vidéos d’explication des règles et du déroulé d’une partie. C’est une mine d’or ! Malheureusement, les financements se sont arrêtés et la rédaction ne rédige plus de nouveaux articles depuis janvier 2023, mais des passionnés sont en train de se former en association pour préserver et continuer à entretenir cette gigantesque base de données du jeu de société en français (c’est une ressource absolument unique).

Zombicide (un jeu de société plutôt pour les adultes)

 

Le site Philibert est également une ressource précieuse. Il s’agit en quelque sorte de l’Amazon du jeu de société (surtout pour son côté pratique et exhaustif) : vous pouvez y consulter les avis de blogueurs et de clients sur la grande majorité des jeux existants. Vous y trouverez aussi deux pages très intéressantes si vous démarrez dans l’univers du jeu de société et que vous n’avez aucune idée d’où commencer : 

  • la liste des jeux récompensés par un As d’or. Comme je l’évoquais en début d’article, il s’agit de prix décernés par un jury de professionnels du monde du jeu lors du Festival international des jeux de Cannes. Il existe aujourd’hui 4 catégories d’As d’or : l’As d’or de l’année (un jeu grand public), l’As d’or Enfant (parfait pour des parties en famille avec de jeunes enfants), l’As d’or Initié (pour des jeux déjà un peu plus avancés) et l’As d’or Expert (ce n’est peut-être pas la meilleure idée pour débuter…)
  • la liste des jeux récompensés par un Spiel des Jahres. Ce nom signifie « jeu de l’année » en allemand. Et pour cause, puisqu’il est décerné tous les ans aux Journées Internationales SPIEL à Essen, en Allemagne (les Allemands ont une grande tradition du jeu de société, avec beaucoup d’auteurs à succès). Là aussi, plusieurs catégories : le Spiel des Jahres classique, le Kinderspiel des Jahres (pour les enfants), et le Kennerspiel des Jahres pour les jeux experts.

Il existe aussi des blogs, comme Vin d’jeu, sur lesquels de grands amateurs de jeux de société vous partagent leurs coups de cœur (et leurs coups de gueule).

Ma dernière recommandation : vous rendre dans un magasin de jeux de société. Il en existe maintenant dans toutes les grandes (et moins grandes) villes de France, ils sont toujours tenus par des passionnés du monde ludique qui sauront vous conseiller en fonction de ce que vous recherchez : un jeu coopératif ou non, pour combien de joueurs, de quel âge, sur quelle thématique, avec une esthétique particulière ou non… La plupart du temps, vous pourrez même tester le jeu ou participer à des après-midi et des soirées ludiques.

Si vous cherchez quelques pistes, voici mes propres recommandations pour jouer avec vos enfants (je n’ai aucune action chez eux, je ne touche rien sur leurs ventes, ce sont simplement des jeux testés et approuvés par toute la famille !) :

Maître Renard, un jeu de société pour enfants

Le Verger, jeu coopératif très simple à partir de 3 ans

Mon premier Carcassonne, à partir de 4 ans, pour préparer à Carcassonne, à partir de 8 ans

Maître Renard, jeu sensoriel où il faut reconnaître au toucher des figurines d’animaux, à partir de 6 ans

La collection Contes & jeux chez l’éditeur Purple Brain, à partir de 6 ans (chaque jeu a pour thème un conte différent)

 

Jeu de 7 familles « L’herbier de Mamy » (ou sur d’autres thèmes, nous en avons un sur le Moyen-Âge et un autre sur l’héraldique, c’était les choix des enfants), dès qu’ils savent lire. Les dessins sont très beaux et réalistes.

La forêt des frères Grimm, un jeu extrêmement familial, à partir de 5 ans, là encore dans l’univers des contes de fées.

Les aventuriers du rail, à partir de 8 ans

Kharnage, à partir de 7 ans, une introduction amusante aux jeux de combat (attaque en mêlée, attaque à distance, points d’attaque, points de défense, lignes de combat…). Les dessins ne plairont pas à tout le monde, mais si vous passez outre, la mécanique et l’ambiance sont fantastiques !

Kingdomino, un jeu qui combine Tetris, les dominos et les jeux de développement de cité, à partir de 8 ans

La collection de jeux Défis nature de l’éditeur Bioviva, des jeux de cartes qui font découvrir la nature ou les monuments (à partir de 4 ans pour la version Petits, et 7 ans pour la version classique)

Et si vous avez envie que je vous partage davantage de recommandations de jeux de société (notre ludothèque comporte des centaines de jeux !), n’hésitez pas à me le dire en commentaire !

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