Apprendre les tables de multiplication avec Montessori

APPRENDRE LES TABLES DE MULTIPLICATION AVEC MONTESSORI

Connaissez-vous parfaitement vos tables de multiplication, je veux dire sur le bout des doigts ? Oui ? Vraiment ? Pourtant, même les bons élèves ont des difficultés avec ces fameuses tables. Alors comment faire pour ceux qui ne sont pas très forts en maths ? Cela va représenter une difficulté supplémentaire. Heureusement, la pédagogie Montessori propose une autre voie, une autre progression pour travailler les tables d’addition, de soustraction, de multiplication et de division par rapport au par cœur traditionnel. Car en vérité nous n’apprenons pas les tables que pour la multiplication, mais pour chacune des quatre opérations. Même si on les mémorise de façon un peu moins rabâchée, on apprend forcément à un moment ou un autre que 1 + 2 = 3 ou que 4 + 5 = 9. Or, la méthode Montessori est beaucoup plus respectueuse du fonctionnement du cerveau et aussi plus efficace et beaucoup moins désagréable pour les enfants. Cela évite de les dégoûter des mathématiques à tout jamais ! Mais avant tout, je vais vous expliquer pourquoi on a besoin de ces tables d’opération. Nous étudierons la façon de faire habituelle et pourquoi elle ne fonctionne pas. Nous verrons aussi comment faire mieux pour apprendre les tables de multiplication avec Montessori et son approche concrète et sensorielle. 

Avant de continuer, si vous préférez écouter le podcast de cet article ; par exemple en faisant vos tâches ménagères ou pendant un trajet en voiture, je vous invite à cliquer sur le lecteur ci-dessous :

Montessori, une autre voie pour apprendre les tables de multiplication

Avez-vous une connaissance parfaite de vos tables de multiplication ? Eh bien si c’est le cas, j’ai un aveu à vous faire. J’ai toujours été une excellente élève en mathématiques. C’était ma matière préférée et c’est d’ailleurs dans cette voie que j’ai poursuivi mes études. Après avoir passé un BAC S, j’ai fait une classe prépa et je suis ensuite entrée dans l’école qui est peut-être la plus sélective en France : l’École normale supérieure « Normal sup’ », en mathématiques. Malgré cela, je peux vous assurer que je ne connais pas par cœur mes tables de 8 et de 9. Chaque fois que je dois faire des calculs comme 7 x 8 ou 8 x 9, j’utilise une petite astuce et je recalcule mentalement le résultat. Si c’est compliqué pour les bons élèves, alors imaginez pour ceux qui ont des difficultés.

D’ailleurs, saviez-vous que pour effectuer l’opération 3 x 7, un jeune adulte met environ une seconde ? Vous avez peut-être l’impression que c’est rapide, mais c’est long dans le domaine du cerveau ! Pire, le taux d’erreur se situe entre 10 et 15 %. Cela veut dire qu’un cerveau de jeune adulte, donc au sommet de sa forme, se trompe plus d’une fois sur dix. Et c’est évidemment bien pire pour des opérations comme 8 x 7. Il faut plus de deux secondes et le taux d’erreur avoisine les 25 %, donc 1 fois sur 4 le cerveau se trompe. Ces chiffres nous signalent un constat d’échec des méthodes actuelles pour travailler les tables.

Grâce à la méthode Montessori pour Apprendre les tables de multiplication le cerveau donne le résultat plus rapidement

Comment expliquer qu’apprendre les tables de multiplication par cœur est totalement incompatible avec la façon dont fonctionne notre cerveau ? Nous étudierons la question et nous verrons aussi qu’il existe une autre manière d’apprendre ses tables, en utilisant la pédagogie Montessori.

Pourquoi devons-nous apprendre les tables de multiplication et d’addition ?

Pourquoi devons-nous apprendre les tables d’addition ou de multiplication ? Est-ce seulement pour transmettre ce que nous avons nous-mêmes appris étant enfant ou bien y a-t-il une bonne raison d’apprendre ces fameuses tables ? 

Je considère qu’il existe deux raisons qui justifient de connaître ces combinaisons de calcul. Le 1er objectif est de permettre le calcul mental avec des quantités simples dans des situations du quotidien. Si vous avez de petites courses à faire, vous pouvez additionner les montants et ainsi vérifier rapidement si vous avez assez d’argent liquide dans votre porte-monnaie. Cela vous permet aussi de mieux calculer votre temps et de savoir combien vous mettrez au total pour réaliser 5 actions de 20 minutes par exemple. On peut aussi trouver les quantités pour une recette en multipliant par le nombre de convives ou encore calculer les bonnes dimensions en bricolant. On a donc besoin de pouvoir effectuer des calculs du quotidien sans trop de peine. C’est d’ailleurs pour cela qu’on enseignait autrefois les tables de multiplication au-delà de 10, parfois jusqu’à 18 ou 19. Il était utile de connaître les résultats directement, d’accélérer les calculs plutôt que de devoir les poser mentalement. 

L’autre raison qui pousse à l’apprentissage des tables, c’est que lorsqu’on fait des calculs plus compliqués à l’écrit, il faut pouvoir réaliser les sous-étapes le plus rapidement possible. Si vous ne pouvez pas trouver le résultat des sous-opérations automatiquement, l’opération complète va prendre beaucoup de temps. Si vous posez par exemple 1348 + 2111, vous devez commencer avec 8 + 1. Il faut alors être capable de trouver la somme sans avoir trop à réfléchir. Si chaque petite addition est pénible, alors l’addition au complet le sera 4 fois plus ! Il faut donc optimiser notre travail sur chacune des petites additions, et a fortiori sur les multiplications. Ce travail ne requiert la connaissance des tables que jusqu’à 10 ou même 9. C’est pour cela qu’aujourd’hui on va généralement jusqu’à 9. On apprend aussi celle de 10 pour comprendre la mécanique de la multiplication et faciliter les calculs à l’oral.

Apprendre les tables vise donc à accélérer les calculs au quotidien et faciliter ceux réalisés à l’écrit, ni plus ni moins. Ce n’est donc pas une course à la rapidité. Le but est simplement d’optimiser le calcul mental et écrit.

Apprendre ses tables par coeur ne fonctionne pas

Dans la méthode classique, on apprend ses tables par cœur, bêtement et méchamment. On rabâche, on répète. C’est censé rentrer en répétant, non ? Pourquoi ça ne fonctionne pas si bien que cela avec les tables de multiplication ? Chez moi je vous l’ai dit, ça n’a jamais marché. Certaines combinaisons ne sont jamais rentrées dans ma mémoire directe disons. J’étais parfaitement capable de réciter ma table dans la continuité : dire combien font 7 x 8 après avoir dit combien faisaient 6 x 8 notamment. Mais je ne suis toujours pas capable de vous dire combien font 7 x 8 automatiquement et indépendamment du contexte de la table, car en récitant la table de multiplication, on a l’aide de l’opération qui vient juste avant. Pour mieux comprendre, je vais vous expliquer comment fonctionne le cerveau avec toutes ces opérations qu’on essaie de retenir par cœur. 

Comment le cerveau fonctionne pour mémoriser les tables

Pour savoir comment le cerveau fonctionne pour mémoriser les tables, je vous renvoie au livre écrit par Stanislas Dehaene « La bosse des maths ». C’est un chercheur en neurosciences bien connu et il a beaucoup travaillé sur les apprentissages scolaires, que ce soit en lecture ou en maths. Son livre sur les mathématiques a été réédité en 2014 avec beaucoup d’ajouts. Même si on en apprend encore, ce livre est relativement à jour et nous permet d’en savoir davantage sur les apprentissages mathématiques et arithmétiques. 

Si vous le lisez, vous verrez que le cerveau fonctionne par association, d’où le problème avec des opérations comme 7 x 8. Le cerveau active le réseau de connaissances qu’il a autour du chiffre 7 et du chiffre 8. Il va chercher toutes sortes de résultats tirés de la table de 7 et de 8 : 42, 49, 56, 63, 72, etc. Tous ces nombres sont tirés de l’une ou l’autre des deux tables et sont à peu près dans l’ordre de grandeur qu’on attend pour 7 x 8. Ils sont reliés par des connexions neuronales au 7 ou au 8. Alors comment le cerveau fait son choix parmi toutes ces solutions à la lecture de 7 x 8 ? 

Stanislas Dehaene fait pour cela un parallèle très intéressant dans son livre. Il explique que c’est exactement comme mémoriser un carnet d’adresses de la forme suivante : « Charles-David habite rue Guillaume, Charles-Guillaume habite rue Albert Zoé, Guillaume-Étienne vie rue Albert Bertrand ». Et puis il y aurait un 2e carnet d’adresse, pour les coordonnées professionnelles : « Charles-David travaille rue Albert Bertrand, Charles-Guillaume travaille rue Bertrand-Albert, Guillaume-Étienne travaille rue Charles-Étienne ». 

Maintenant, seriez-vous capable de mémoriser la moindre adresse énoncée sans la relire auparavant ? J’en serais personnellement incapable ! Avec ces deux carnets d’adresses fictifs, Stanislas Dehaene a en fait transcrit des tables d’addition en remplaçant des chiffres par des prénoms. Il a notamment remplacé 0,1, 2,3, 4 respectivement par : Zoé, Albert, Bertrand, Charles et David. Ainsi « Charles-David habite rue Guillaume » donne 3 + 4 = 7. De cette manière, je pense que vous comprenez un peu mieux pourquoi c’est extrêmement difficile pour le cerveau de retenir ces tables.

Apprendre les tables de multiplication par coeur et non pas avec la méthode Montessori, un casse tête pour notre cerveau

Il y a trop de similitudes entre les résultats et chacune des combinaisons. On manipule des nombres entre 0 et 99, mais ce ne sont que des combinaisons de dix chiffres de 0 à 9 et ceux-ci se retrouvent partout ! C’est donc très complexe à mémoriser pour le cerveau.

L’apprentissage par la mémoire verbale n’est pas infaillible

Comment le cerveau réussit-il malgré tout à sauver les meubles et à retenir un minimum les tables de multiplication ? Il y a quand même des opérations qu’on a tous retenues, mais comment est-ce possible ?

Il y a eu plusieurs hypothèses dans le domaine des neurosciences, mais celle qui semble se justifier par les résultats expérimentaux consiste à dire que nous apprenons par la mémoire verbale. Nous n’apprenons pas en visualisant les symboles par exemple, mais en récitant comme un poème. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles nous apprenons les tables de multiplications et d’addition en oubliant de nommer « égal » oralement. On dit souvent « Trois plus deux, cinq ». Avec cette mémoire verbale, nous parvenons donc à retenir ces fameuses combinaisons de façon un peu artificielle. 

Mais cela a quelques effets pervers. Faisons un petit test extrait de « La bosse des maths ». 

  • Voici quelques questions, répondez-y le plus vite possible : 2 et 2 ? 4 et 4 ? 8 et 8 ? 16 et 16 ? 
  • Maintenant choisissez un nombre entre 12 et 5.

Le nombre que vous avez choisi est-il 7 ? Si oui, la raison est simple. Je ne suis ni mentaliste ni voyante. La question posée est tout simplement un peu fourbe. Vous deviez choisir un nombre entre 12 et 5. En plaçant les nombres dans cet ordre-là (au lieu que ce soit entre 5 et 12), vous associez « choisissez entre 12 et 5 » à l’opération que vous connaissez : 12 – 5. Résultat, le premier chiffre qui sort de votre cerveau, c’est 7.

Donc vous voyez bien que la manière dont vous avez appris les tables (ici celles de soustraction) repose sur le verbal, sur les mots. Quand vous avez ces mêmes mots dans une phrase, vous risquez de trouver un résultat qui n’est pas forcément celui attendu. Juste avant, on n’attendait pas nécessairement 7, mais n’importe quel nombre entre 12 et 5.  

Une difficulté supplémentaire avec la mémoire verbale, c’est qu’il y a beaucoup de rimes et de similarités sonores dans les opérations car tout repose sur les chiffres de 0 à 9. Ce n’est donc pas un hasard si un certain nombre de difficultés interviennent autour du 6 et du 8, car oralement on entend la finale en [i] dans les deux nombres. 

Connaître les tables d’addition ou de multiplication par cœur sans contexte est difficile

Un dernier problème qui se pose en retenant les tables par cœur : il faut travailler les combinaisons indépendamment du contexte. C’est ce que je vous expliquais plus haut. Prenons la table de 8 : il est plus facile de partir de 5 x 8 et de réciter la suite, pour ensuite arriver à 7 x 8. Mais même là, je risque d’hésiter entre 54 et 56. Je peux cependant refaire le calcul en revenant en arrière, à 6 x 8, et ajouter 8. 

Vous voyez bien que réciter une table entière est différent de donner le résultat d’une combinaison sortie au hasard et sans contexte

La progression Montessori des tables d’addition 

Dans la pédagogie Montessori, la progression choisie répond justement à la quasi-totalité des problèmes rencontrés avec la manière de faire classique. 

Avant tout, il n’y a pas d’apprentissage par récitation. On ne cherche pas à utiliser la mémoire verbale pour apprendre par cœur une suite d’opérations. On va plutôt calculer ces opérations un grand nombre de fois. C’est à force de les travailler et de s’en faire une représentation concrète et sensorielle que l’enfant va suffisamment intégrer le résultat de ces opérations pour faire des calculs au quotidien, ce qui est l’objectif principal. C’est comme ça que j’ai fonctionné, ce qui ne m’a pas empêché d’atteindre un très haut niveau en mathématiques. Je suis aujourd’hui assez douée en calcul mental, certainement pas comme certains prodiges qui font des concours, mais je suis efficace au quotidien. Si vous avez un doute à ce propos, sachez que j’ai bénéficié d’un enseignement Montessori étant enfant et c’est à cela que j’attribue une bonne partie de mon cursus ultérieur en mathématiques. 

Mais revenons-en aux tables : comment allons-nous travailler toutes ces opérations ? Je vais vous donner la progression pour la table d’addition, car celle pour les multiplication est légèrement différente, notamment du point de vue du matériel. 

1. Construire les tables d’addition dans l’ordre avec les barrettes de bois

Pour commencer, il faut déjà avoir bien travaillé la représentation du nombre : le système décimal, la construction du nombre, etc. J’ai évoqué tout ceci dans un article précédent à propos de la progression en calcul Montessori, qui est d’ailleurs très différente de celle de l’Éducation nationale. Après avoir acquis cela, l’enfant va commencer par construire, c’est-à-dire à écrire les additions. Il va d’abord écrire « 1 + 1 = », puis prendre deux petites barrettes de bois représentant la longueur 1. En les plaçant dans un tableau, il s’aperçoit que ça fait 2. Il va ensuite faire la même chose avec la suite de la table. Il va ainsi construire les différentes tables d’addition jusqu’à 9. Ainsi, il aura vu toutes ces opérations une première fois.

Les barrettes en bois la première étape pour apprendre les tables de multiplication avec Montessori

2. Revoir les combinaisons d’addition dans un ordre aléatoire

Ensuite, on va proposer à l’enfant de réaliser toutes les combinaisons des tables d’additions, mais séparées et dans une petite boîte. Il va tirer au sort l’une de ces combinaisons et la former avec des barrettes de bois des bonnes longueurs. En les mettant côte à côte dans un tableau gradué, il s’aperçoit du résultat. L’enfant va ainsi revoir toutes les combinaisons une deuxième fois mais dans un ordre aléatoire.

3. Travailler les compléments

Après cela, on refait le travail mais cette fois, on cherche toutes les manières de faire un nombre, dix par exemple. On part donc de 10 et on cherche toutes les additions qui permettent de l’obtenir : 1 + 9, 7 + 3, etc. C’est le travail des compléments à 10. Il est très utile pour le calcul, notamment dans la vie quotidienne.

4. La commutativité de l’addition

Avec ces trois premières étapes, l’enfant a déjà vu toutes les tables d’addition trois fois. S’il ne l’a pas déjà remarqué lui-même, on va lui montrer la commutativité de l’addition. Si ce terme barbare ne vous parle pas, ça signifie tout simplement que 3 + 7, c’est pareil que 7 + 3. On peut intervertir les deux nombres et ça ne change rien. C’est naturel puisque le principe de l’addition c’est de mettre les choses ensemble, peu importe l’ordre.

Le gros avantage avec la commutativité de l’addition, c’est qu’on n’a plus que la moitié des choses à retenir ! Il suffit de mémoriser l’une des deux opérations et de se rappeler de cette règle qui veut que 7 + 3 ou 3 + 7, c’est la même chose. Le cerveau va alors former un triangle et créer une connexion entre ces deux opérations et le nombre 10. 

5. Travailler les doubles

Après avoir éliminé la moitié des combinaisons, on va travailler de manière plus insistante sur les doubles (1 + 1,  2 + 2, etc.). Ce sont des combinaisons importantes à retenir, on les rencontre un petit peu plus fréquemment. Cela va préparer l’étude de la multiplication, car 6 + 6, en fait c’est 2 x 6. Ce travail sur la multiplication revient à travailler les carrés. De la même façon, pour augmenter la rapidité et fluidifier les calculs, il est important de savoir reconnaître les nombres qui sont des carrés (savoir que 16, c’est le carré de 4, de 4 x 4). 

6. La table d’addition à doigts Montessori 

La table d’addition à doigts Montessori est un tableau à double entrée. À gauche on a le 1er nombre et à droite le 2e nombre, dans les deux sens cela va de 0 à 9. On place un doigt à gauche et un autre en haut. En les faisant glisser en ligne droite, on les réunit et on obtient le résultat de l’addition. 

L’enfant tire des combinaisons au sort et va lire le résultat en utilisant le mécanisme de la table. Ce système est intéressant car cela permet de voir les relations entre les nombres. Par exemple, avec 4 + 7 =11, je vois qu’en décalant d’un cran vers la droite j’obtiens 4 + 8 = 12. L’enfant va voir comment les additions se comportent les unes par rapport aux autres.

Un autre exemple : si j’ai 5 + 8, c’est la même chose que 6 + 7. Je peux ajouter 1 à un nombre et retirer 1 à l’autre, et j’aurai un résultat identique. Ça peut paraître abstr ait, mais dans le tableau cela saute aux yeux ! Même s’il ne le réalise pas de manière consciente, l’enfant va absorber cela progressivement.

Table d'addition à doigts la base pour apprendre les multiplication avec la méthode Montessori

7. La table d’addition partagée

Avec la table d’addition partagée, on oublie la moitié de la table puisque l’addition est commutative. Si je tire 4 + 7, je peux chercher à 7 + 4 et j’aurai le même résultat. 

Ensuite, on va encore simplifier cette table en ne prenant que la diagonale. C’est comme si on ramenait toutes les additions à un calcul de doubles puis, plus ou moins un. Par exemple 4 + 7 = 5 + 5 + 1. L’enfant va le voir grâce à une manipulation toute simple des doigts. Il n’est pas obligé de comprendre rationnellement ce fonctionnement, mais c’est quelque chose qu’il va absorber. Il va découvrir qu’il y a en fait peu de résultats. Si on prend les chiffres de 1 à 9, tous les résultats seront compris entre 2 et 18 (9 + 9). 

8. Tirer des additions au hasard

L’enfant poursuit le travail des tables d’addition Montessori en faisant ensuite une sorte de loto avec des jetons. Il tire une opération au hasard, par exemple 6 + 3, et va placer le jeton 9 au croisement de la ligne du 6 et de la colonne du 3. Le tableau va ainsi se remplir progressivement.

9. Faire des additions inversées

Le jeu se poursuit en faisant le travail inverse : l’enfant tire le résultat d’une addition (un jeton) et le place sur une case vide du tableau correspondant. Avec 12, il peut par exemple placer le jeton à la rencontre de 9 et 3 ou de 8 et 4. 

10. Chercher toutes les manières d’obtenir une somme

L’enfant continue en tirant une somme, un résultat : par exemple 15. Il prend tous les jetons 15 et devra trouver toutes les additions qui y conduisent. Ce travail permet de préparer beaucoup d’autres choses et d’obtenir une meilleure compréhension des nombres, comment ils sont construits. Cela permet aussi de travailler les connexions neuronales dans les deux sens. C’est important car cela prépare notamment aux soustractions.

12. Compléter des additions à trous

Enfin, on propose à l’enfant des combinaisons à trous, des additions à compléter.

Travailler l’apprentissage et la mémoire à long terme avec Montessori

Au total, avec Montessori l’enfant a travaillé chaque combinaison 10 fois au minimum et 11 fois pour les doubles, c’est énorme ! Et tout cela, en s’appuyant sur des représentations concrètes. Il y a eu le travail avec les barres au départ, puis les tableaux à double entrée et aussi des images mentales construites auparavant. Il a déjà placé des nombres sur une droite numérique, travaillé la structure des nombres entre dizaines et unités, etc. Bref, l’enfant s’appuie sur le concret pour trouver les résultats. Cela vient renforcer les connexions neuronales, car une image mentale c’est en fait un réseau de neurones, des associations. On a finalement travaillé la compréhension plutôt que la récitation.

Ce que l’enfant ne sait pas, ce qu’il n’a pas retenu par cœur parce que c’est difficile, on lui a donné le moyen de le trouver autrement. C’est en fait la différence entre la mémoire à court terme pour passer un contrôle et l’apprentissage à long terme dont on peut se servir toute la vie. On peut très bien tout retenir par cœur, mais une semaine après le contrôle on a oublié ce qu’on a appris, car c’est comme apprendre une ligne de poème. Ce que l’on veut avec Montessori, c’est au contraire développer la mémoire et l’apprentissage à long terme.

C’est pour ça que même si je ne connais pas par cœur mes tables de multiplication, je les retrouve en un quart de seconde. Pour la table de 9 (ça paraît long mais ça se passe très vite dans la tête) je fais 8 x 9 = 80 – 8, pour 7 x 9, c’est 70 – 7 = 63. Mon cerveau a l’habitude de suivre cette mécanique en répétant encore et encore ces opérations.

La pédagogie Montessori permet d'apprendre de manière mécanique les tables de multiplication

Pour 7 x 8, je pars du carré 7 x 7 qui fait 49, et je rajoute 7 ça fait 56. La preuve que ça ne me ralentit pas c’est que mon cerveau n’a jamais éprouvé le besoin de raccourcir ce processus en faisant du par cœur. Au fond, il y aurait trop de risques d’erreurs à m’appuyer uniquement sur la mémoire. Mon cerveau vérifie de toute façon systématiquement ce que je connais par cœur. Pour des choses simples comme 4 x 7, il va le vérifier visuellement. Je peux le visualiser sur une droite numérique ou m’appuyer sur 2 x 7 et le multiplier par 2. Pouvoir vérifier c’est d’ailleurs essentiel, car le cerveau dispose ainsi d’une autre ressource que le par cœur.

Préparer le travail de la soustraction et de la division

Pour les grosses opérations, mon cerveau ne va pas s’amuser à vérifier visuellement des barrettes pour faire 8 x 9 par exemple. En revanche, j’utilise des astuces de calcul pour trouver facilement 72. À mon sens, cela semble une technique bien plus intelligente puisqu’on apprend avec beaucoup moins de rabâchage et avec plus de plaisir. C’est tout de même plus ludique de remplir des tableaux façon loto que de réciter inlassablement les combinaisons. Par ailleurs, on apprend à réaliser les opérations dans les deux sens : en partant d’une opération pour arriver au résultat et inversement. Tout cela prépare à la soustraction et le travail sur les tables de multiplications prépare à la division.

Enfin si la mémoire oublie, on a donné des éléments solides et sensoriels auxquels se raccrocher. C’est d’ailleurs l’enfant qui choisit sa façon de procéder. À force de répéter les opérations, il va trouver son propre mécanisme, son système et ses astuces pour réussir. Par exemple, certains préfèrent vérifier leur table de 9 en additionnant le nombre des unités et celui des dizaines : 8 x 9 = 72 et si on vérifie, 7 + 2 = 9. On peut aussi se dire que 8 x 9, c’est presque 80 donc ça va être dans les 70. Donc je pars de 7, et j’ai besoin du 2 pour faire 9. Là encore, cela semble long mais dans le cerveau ça va très vite. 

Enseigner les tables et le calcul à son enfant avec Montessori

J’espère vraiment vous avoir convaincue que la progression Montessori offre une méthode bien plus efficace, plaisante et conforme au fonctionnement du cerveau que la méthode traditionnelle. Si je peux vous inviter à une chose, c’est de sortir de la mentalité « On a toujours fait comme ça. J’ai appris comme ça étant petit et il faut que mes enfants apprennent de la même façon. ». Demandons-nous pourquoi les tables de multiplications sont importantes : quel est l’objectif final ? Peut-on parvenir à cet objectif d’une façon plus efficace et plus agréable pour tout le monde ? Si vous y avez échappé pour l’instant, sachez que l’étape de la récitation des tables de multiplication peut être très pénible. Des familles y passent des trajets de voiture entiers. Ça devient une corvée, quelque chose de pénible alors qu’il y a des techniques tellement plus ludiques et plus efficaces. 

Je sais que tout ce que je vous ai expliqué peut vous sembler abstrait, surtout sans avoir le matériel sous les yeux, mais si cela vous intéresse, je vous invite à regarder du côté de mes formations. Si vous êtes particulièrement intéressée par l’apprentissage du calcul et des maths pour les jeunes enfants, je propose une formation en ligne appelée « Calcul Montessori 3-6 ans : numération, dénombrement et les bases des 4 opérations». Si vous voulez aider votre enfant à vraiment comprendre le sens derrière les opérations arithmétiques, à compter et dénombrer correctement, et à apprendre ses tables sans que cela ne vire à la bagarre quotidienne, je vous invite donc à y jeter un coup d’œil. 

Vous y retrouverez aussi tous les documents permettant de fabriquer le matériel dont je vous ai parlé, et à très bas coût. Il existe en bois, mais on peut très bien le fabriquer en papier cartonné. Ça revient beaucoup moins cher et c’est tout aussi efficace. Je vous fournis bien entendu tous les supports clé en main ainsi que les vidéos de présentation dans lesquelles je vous montre vraiment comment on fait avec beaucoup plus de détails et de visuels. Je vous aide ainsi à enseigner les tables à vos enfants.

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2 commentaires sur “Apprendre les tables de multiplication avec Montessori

  1. Merci pour cet article inspirant. Merci pour votre travail, toujours bienveillant et de grande qualité.

    1. Bonjour Céline, merci à vous pour votre fidélité et vos compliments.

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