Dyslexie et pratiques pédagogiques

DYSLEXIE ET PRATIQUES PÉDAGOGIQUES

L’annonce de mon webinaire sur « Les 3 erreurs de l’école dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture » a suscité beaucoup de réactions, en particulier sur le thème de la dyslexie et des pratiques pédagogiques. On me reproche de ne voir que le négatif et d’attaquer les enseignants, on m’a écrit ce genre de messages :

et j’ai même eu droit à un “Belle culpabilisation pour le corps enseignant !” Apparemment, je ferais culpabiliser les enseignants parce que j’aurais sous-entendu que leurs pratiques pédagogiques pouvaient créer une dyslexie.

J’ai donc fait une petite vidéo pour clarifier tout cela, et cet article en est la transcription :

Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai écrit. J’ai écrit que les 3 erreurs pédagogiques que j’allais dénoncer dans ce webinaire “entraînaient dyslexie, dysgraphie et découragement”.

Était-ce un raccourci ? Oui, tout à fait. Car la phrase entière, qui est d’ailleurs celle qui apparaît dans mon webinaire, est que ces erreurs “renforcent une dyslexie existante et créent ce que l’on peut appeler “de fausses dyslexies”, c’est-à-dire des difficultés similaires à celles d’une dyslexie réelle, mais chez des enfants dont le cerveau est neuro-typique, c’est-à-dire qu’il ne présente pas les mêmes structures que chez un enfant dyslexique.”

J’ai volontairement utiliser le verbe entraîner plutôt que créer ou causer, dans l’espoir que ma phrase serait mieux comprise. Car si ces erreurs ne sont pas (a priori, l’état de la recherche étant encore très incomplet) la cause première de ces dyslexies, elles peuvent en faire apparaître les manifestations, qui, suivant le type de dyslexie (et on peut en distinguer de 19 sortes !), n’apparaissent pas forcément lorsqu’on utilise d’autres méthodes pédagogiques. Si la dyslexie était une maladie (ce qu’elle n’est pas, attention, je ne fais ici qu’un parallèle) ces erreurs pédagogiques ne seraient pas le virus, elles ne “causeraient” pas la maladie, mais, un peu comme un système immunitaire fragilisé, elles pourraient en démultiplier les symptômes ou, chez une personne non malade, créer des symptômes similaires.

Manque de chance, tout ça, ça ne tient pas sur un petit carré publié sur Instagram. Ca ne tient pas non plus dans une story, pour laquelle les phrases ne peuvent pas dépasser 15s (j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois et couper toujours plus de mots pour rentrer dans ce format ultra-contraignant de 15s à chaque fois). C’est ma grande frustration sur les réseaux sociaux : on ne peut pas être dans la nuance, on ne peut pas prendre le temps d’expliquer ou d’approfondir. C’est pour cela que mon medium de choix, c’est le podcast, dans lequel je peux passer 20 ou 30 minutes sur un sujet, aller en profondeur et explorer toutes les subtilités d’un problème. C’est aussi pour cela que je fais des webinaires d’1h30 sur des thèmes encore plus complexes, comme celui de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.

Je regrette donc si ce raccourci a pu susciter des incompréhensions ou des malentendus et j’espère avoir bien clarifié les choses.

La lecture est aujourd'hui indispensable à tous les actes de la vie quotidienne, mais la dyslexie en empêche certains enfants

On m’a aussi reproché de lier pratiques pédagogiques et dyslexie, en m’opposant que la dyslexie est un trouble neuro-développemental, comme si cela signifiait qu’à la naissance, on naissait dyslexique et qu’on n’avait plus qu’à subir ensuite.

Mais c’est méconnaître deux choses :

1/ qu’il faut distinguer le diagnostic de ses manifestations. Le diagnostic, c’est la dyslexie, et ses manifestations, ce sont des difficultés de lecture, des inversions de lettres, une incapacité à retrouver le son associé à une lettre etc. (tout dépend du type de dyslexie). Ce sont deux choses différentes, tout comme il faut distinguer une maladie de ses symptômes (la dyslexie n’étant pas une maladie, attention, mais un trouble). Et ce qui importe pour l’enfant, ce n’est pas tant le diagnostic que les difficultés qu’il rencontre au quotidien, et dont l’ampleur dépend pour beaucoup des pratiques pédagogiques mises en place.

2/ que le cerveau peut se modifier avec des pratiques pédagogiques spécifiques : c’est la plasticité neuronale. On peut recréer des connexions, des structures, qui vont favoriser une lecture fluide, à condition d’utiliser les bons outils. Donc même dans un cas de vraie dyslexie, il est crucial d’adopter les bonnes pratiques.

Et vous savez quoi ? De même que Maria Montessori a développé sa pédagogie pour répondre aux difficultés d’enfants handicapés, avec toutes sortes de troubles, et s’est ensuite rendu compte combien ces principes et ces outils particuliers permettaient aux enfants neurotypiques d’apprendre encore mieux ; de même nous devrions adapter les pratiques de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour qu’elles aident les enfants qui ont le plus de difficultés, et alors nous aiderons tout le monde. Comme le disent les anglophones, “A rising tide lifts all boats” : la marée montante soulève tous les bateaux !

Mais revenons-en à ce message posté en commentaire sur Facebook : “Belle culpabilisation pour le corps enseignant !”…

Le corps enseignant, qu’est-ce que c’est ? On n’aurait pas idée de parler du corps commerçant, du corps artisan, du corps vigneron. Personnellement, je ne connais pas le corps enseignant, je ne l’ai jamais rencontré. Je ne connais que des enseignants, des personnes avec leur individualité propre.

Il y a 3 choses à distinguer : 

  • le principe de l’école, c’est-à-dire offrir une éducation gratuite pour tous : ce principe est plus que respectable, il est admirable ! (et je le mentionnais d’ailleurs explicitement dans mon annonce du webinaire)
  • le système scolaire : l’institution, la structure, les lois, les directives, qui peuvent être fautives,
  • et les enseignants, que l’on ne peut absolument pas résumer à une vague entité, “le corps enseignant”.

Je connais des professeurs qui passent leur temps à geindre dans les salles des profs et à se plaindre de ce que les enfants ne sont plus ce qu’ils étaient. On le sait, il y a toujours des brebis galeuses.

Je connais aussi des enseignants admirables, merveilleux de dévouement, qui passent leurs vacances à suivre des formations qu’ils paient de leur poche, qui passent leurs week-ends à fabriquer du matériel pédagogique que leurs écoles ne peuvent pas leur financer, qui le soir pensent à ce qu’ils vont présenter à tel enfant qui est en difficulté le lendemain. Ce sont pour moi des héros qui ont un sens profond de leur vocation d’enseignant.

Et puis je connais aussi des professeurs qui veulent bien faire leur travail, en faisant ce qu’on leur demande, mais qui ne veulent pas y consacrer leur argent ou leur temps personnels, ce qui est parfaitement normal et compréhensible !

Dans un système normal, qui fonctionne, ces enseignants devraient pouvoir compter sur une formation de qualité et s’appuyer sur de bons outils de travail pour faire simplement leur travail, et les élèves bénéficieraient alors d’une pédagogie efficace.

Malheureusement le système est actuellement défaillant. Depuis des dizaines d’années on tente de réformer les IUFM, les ESPÉ, les Inspé etc. et cette réforme prend du temps, trop de temps par rapport aux générations d’enfants dont on sacrifie l’éducation sur les bancs de l’école en attendant. L’une des erreurs dont je parlerai pendant le webinaire, la plus grave, est la pratique pédagogique dominante depuis 50 ans maintenant !

Les difficultés liées aux vraies comme aux fausses dyslexies ne sont que l'une des manifestations d'un système défaillant

On me reproche de taper sur l’école, de ne voir que le négatif dans l’école. Saviez-vous que cette année, 4 de mes enfants sont à l’école, et à l’école publique qui plus est ? Saviez-vous que mes deux parents ont été enseignants ? Saviez-vous que ma grand-mère était enseignante, puis directrice d’école ?

Elle s’était spécialisée dans les enfants que l’on appelait “débiles” à l’époque, une catégorie dans laquelle on réunissait tous les enfants qui avaient des difficultés, des troubles, ou des handicaps mentaux parfois très lourds. Et sa grande fierté était d’avoir réussi à apprendre à lire et à écrire à tous ces enfants, sans exception, y compris une jeune fille lourdement handicapée. Tout le monde disait à ma grand-mère de laisser tomber, qu’elle n’apprendrait jamais à lire, que ce serait trop difficile pour elle. Ma grand-mère s’est accrochée, elle a encore amélioré ses méthodes, elle a fait preuve de patience et à 16 ans, enfin, cette jeune fille savait lire et écrire, et pouvait mener une vie aussi normale que possible, intégrée dans la société.

Alors qu’on ne me dise pas que je tape sur les enseignants. D’ailleurs, des enseignants, des orthophonistes, toutes sortes de professionnels, j’en ai formés ! Vous trouverez même leurs témoignages, tous positifs, sur mon site !

Car mon objectif, ma passion, la mission de ma vie, c’est de faire en sorte que tous les enfants, quelles que soient leurs difficultés, quel que soit leur parcours, puissent apprendre, et en particulier apprendre à lire, écrire, compter, simplement pour pouvoir vivre une vie normale dans notre société.

Et donc plutôt que de critiquer quelqu’un qui ose dire la vérité, pourquoi ne pas s’attaquer aux pratiques qui sont déficientes ? Jamais je ne me suis attaquée aux enseignants, encore moins aux enseignants en général, mais toujours aux mauvaises pratiques pédagogiques.

Et c’est justement par respect pour les enseignants que je continuerai de le faire. Car on m’a aussi envoyé un message disant que “la bienveillance s’appliquait aussi aux adultes”. Or pour moi, le respect, ce n’est pas la bienveillance seule, c’est de la bienveillance associée à un discours de vérité. La bienveillance, ici, consiste à écouter les enseignants exposer leurs problèmes, à reconnaître que la situation est difficile. Le discours de vérité, c’est que l’on ne peut pas changer les autres, on ne peut changer que soi-même. Alors maintenant, on fait quoi ? Car les enfants, eux, continuent d’en pâtir en attendant. Il faut se retrousser les manches, tous ensemble, pour améliorer les choses. Pas question de se complaire, parents comme enseignants, dans la victimisation.

Maria Montessori n’a jamais mâché ses mots face aux déficiences de l’enseignement à son époque. Elle ne s’est jamais privé de dire la vérité de peur de froisser certains égos ou certaines susceptibilités. Et si je peux avoir, ne serait-ce que la moitié de son courage, je m’estimerai très heureuse. Donc non, je ne mâcherai pas mes mots.

L’éducation, ce n’est pas une affaire de fragiles, il faut se confronter à la réalité. Eduquer, c’est sans cesse se remettre en question, c’est sans cesse réévaluer ses pratiques.

Qu’on ne me dise pas que les enseignants n’ont pas le choix, qu’on leur met des bâtons dans les roues, que c’est impossible. Oui c’est difficile, mais rien n’est impossible.

Lorsque Mussolini a voulu prendre le contrôle des écoles Montessori, Maria Montessori aurait très bien pu dire “Je n’ai pas le choix, c’est le grand patron !”. Et bien non, elle a refusé d’associer son nom à des écoles étatiques dans lesquelles le Duce voulait introduire le fascisme. Elle s’est exilée volontairement. Elle a envoyé ce gigantesque doigt d’honneur à l’un des plus grands dictateurs du XXe siècle ! J’ai même découvert récemment que Mussolini avait écrit cette petite note sur elle, qui m’a beaucoup fait rire : « Cette Montessori m’a quand même l’air d’une grande casse-pieds ».

Alors pas besoin de s’exiler, heureusement nous ne vivons pas dans une dictature fasciste, mais tant pis si je suis moi aussi une grande casse-pieds, je le revendiquerai même comme un titre de noblesse si cela peut aider la cause éducative en France.

Vous voudriez me faire croire que les enseignants n’ont pas le choix, qu’ils ne peuvent pas, qu’on les empêche de ? Non, c’est une question de courage et je vous invite justement aujourd’hui à avoir ce courage, même si c’est difficile, et oui ça l’est, ô combien !

Prenons les choses en main et aidons les enfants dyslexiques ou non grâce à de meilleures pratiques pédagogiques !

Si vous êtes enseignant et que vous vous interrogez sur vos pratiques, si l’on ne vous a jamais parlé du fonctionnement du cerveau dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, si l’on ne vous a jamais parlé de neurosciences, venez à ce webinaire, venez apprendre et vous pourrez en juger par vous-même, car je ne me contenterai pas de présenter le problème : je présenterai aussi des solutions. Des solutions très simples, que vous, enseignants, pouvez parfaitement mettre en place dans une classe de l’Education nationale. Et des solutions que vous, parents, vous pouvez mettre en place chez vous si votre enfant subit ces erreurs à l’école.

Et si vous appliquez déjà des méthodes qui ont fait leurs preuves, dont l’efficacité est aujourd’hui démontrée, pourquoi culpabiliseriez-vous en lisant mes messages ? Nous faisons le même travail, nous sommes du même côté, celui de l’enfant ! Lorsque je défends la liberté éducative, je défends aussi toujours une instruction de qualité à l’école publique… Et même si nos pratiques ne sont pas rigoureusement les mêmes, vos pratiques sont bonnes, tout comme les miennes sont bonnes, car elles sont fondées sur la preuve. Peut-être découvrira-t-on demain des pratiques encore meilleures, et c’est là qu’il faut sans cesse se remettre en question, mais concentrons-nous déjà sur ce qui a fait ses preuves.

Ces erreurs sont par ailleurs très répandues. L’une d’entre elles est commise par plus de 90% des enseignants du public (j’ai les études pour le prouver) et une autre est encore bien plus largement répandue.

Est-ce que pour ne pas froisser l’égo ou la susceptibilité supposés de certains, on va laisser continuer à se propager des erreurs qui sévissent déjà depuis 50 ans et qui font que notre pays est parmi les plus inégalitaires au monde d’après l’enquête PISA de 2012 ? Car oui, les enfants qui ont la chance d’avoir des parents capables de prendre en main l’apprentissage de la lecture (entre autres, les “enfants de profs”) malgré ces erreurs continuent à bien réussir, mais les enfants des milieux les plus défavorisés, financièrement et culturellement, sont les laissés-pour-compte du système.

Grâce aux Journées Défense Citoyenneté (autrefois appelées Journées d’Appel et de Préparation à la Défense), nous avons aujourd’hui des chiffres sur la maîtrise, ou plutôt l’absence de maîtrise de la lecture en France.

1 jeune sur 20 aujourd’hui rentre dans la définition de ce qu’on appelle l’illettrisme.

Près d’1 jeune sur 4 n’est pas un lecteur efficace.

Et pourtant, vous l’avez peut-être vécu, il s’agit de lire des textes extrêmement simples, comme un programme de cinéma (un programme télé à mon époque). On ne parle pas de lire le journal !

Ne serait-il pas temps de s’inquiéter ?

Alors oui, je continuerai à parler et à faire preuve de courage, et j’espère que vous aussi vous le ferez, pour participer à ce grand renouveau éducatif dont notre pays a terriblement besoin. A nous de jouer !

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